Nirina Ytb : « Je ne cherche pas à plaire à l’algorithme »
7 novembre 2025 // Influenceur du mois // 1934 vues // Nc : 190

Sur un réseau dominé par la mode, la beauté et le divertissement, les contenus intellectuels représentent moins de 2 % des créateurs actifs. Les vidéos analytiques de Nirina Ytb rassemblent pourtant 136 000 abonnés : « peu pour Instagram », selon celle qui dénonce justement une « tyrannie du quantitatif » et de nombreux autres travers de la modernité.

Comment êtes-vous venue à créer du contenu intellectuel sur les réseaux ?
J’ai fait Sciences Po Lille et Centrale Lille, mais j’ai commencé à publier durant mes études, sans intention de carrière. Je lis beaucoup, et j’aime partager ce que je découvre ou analyser des phénomènes sociaux, politiques ou économiques. Ce n’était pas pour valoriser mon parcours académique, mais pour transmettre librement des réflexions. Même aujourd’hui, je ne me considère pas comme une créatrice de contenu professionnelle : c’est avant tout un espace d’expression personnelle.

Pourquoi avoir choisi les réseaux sociaux plutôt que les circuits académiques ?
Parce que je ne suis ni professeure ni doctorante : enseigner à l’université exige un doctorat et une spécialisation étroite. Sur les réseaux, je peux aborder des sujets très variés et diffuser mes idées plus largement.

Mon objectif est de rendre le savoir accessible sans le dénaturer. Certaines analyses sont exigeantes, mais je veille à ce qu’un lycéen puisse comprendre. J’aime aussi imager mes propos avec des références à la pop culture ou aux mangas : cela parle à d’autres publics et ouvre la porte à des lectures plus approfondies.

Quels sont les défis du format court et de l’algorithme ?
C’est une vraie contrainte. Pour être vue, il faut une accroche percutante, condenser les idées, épouser les codes visuels. Ce n’est pas forcément sain, car cela pousse parfois au superficiel. Mais je fais avec, en essayant de préserver la profondeur du propos. J’écris beaucoup ; certaines vidéos viennent de lectures, d’observations ou de conversations, d’autres d’intuitions notées dans mon téléphone. Je tourne souvent plusieurs vidéos à la suite, selon l’envie ou l’actualité. J’évite la réaction immédiate : une analyse demande du recul. Il m’arrive de faire des vidéos du jour au lendemain en fonction de l’actualité — comme celle sur Madagascar, disons, quand la situation est assez grave.

Quels sont vos thèmes de prédilection ?
Je travaille surtout autour de la critique de la modernité : la technologie, le libéralisme, l’idolâtrie des célébrités, la société du spectacle… Ces sujets me passionnent depuis longtemps, avant même de découvrir des auteurs comme Clouscard, Guénon, Ellul ou Pasolini. Ils ont mis des mots précis sur des intuitions que j’avais. Je ne suis pas d’accord avec tout, mais leur pensée m’aide à structurer la mienne. Parfois, certaines vidéos, comme celles sur la Formule 1, suscitent de fortes réactions, alors qu’elles questionnent simplement les implications sociales ou écologiques du divertissement.

Pensez-vous qu’Instagram puisse devenir un outil de réflexion intellectuelle ?
Je ne parlerais pas de réappropriation : j’utilise les outils de la modernité pour les questionner de l’intérieur. Instagram reste le moyen le plus efficace de diffuser des idées, même s’il impose ses codes. Ce que je cherche, c’est un équilibre entre exigence intellectuelle et accessibilité. Peut-être qu’un jour je développerai d’autres formats, mais pour l’instant, j’expérimente avec ce que j’ai.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

Instagram : nirinaytb

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Sports : UTOP arrive à sa 17e édition

Lire

23 janvier 2026

Sports : UTOP arrive à sa 17e édition

L’Ultra Trail des Hauts Plateaux (UTOP) fera son grand retour du 1ᵉʳ au 3 mai 2026 pour une 17ᵉ édition qui s’annonce particulièrement dense. Après av...

Edito
no comment - Bonne… continuation

Lire le magazine

Bonne… continuation

Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

No comment Tv

Making of shooting mode – Janvier 2026 – NC 192

Retrouvez le making of shooting mode du 𝗻𝗼 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁® magazine, édition janvier 2026 - NC 192
Prise de vue : La Teinturerie Ampasanimalo 
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Mia, Alvine, Safidy, Ken, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

African Series Of Poker

African Series Of Poker, en décembre à l’Hôtel Carlton à Anosy

no comment - African Series Of Poker

Voir