Adaoro : le temps du silence et de la concertation
14 mai 2026 // Soatoavina // 83 vues // Nc : 196

Après l'effervescence de l'Alahamadibe, le Nouvel An malagasy, le rythme change. Les chants s'estompent, les rassemblements se dispersent, et un silence habité, presque solennel, s'installe. Madagascar entre dans Adaoro — le mois de la concertation. Du 17 avril au 15 mai cette année, sous la nouvelle lune, le pays change de rythme.

Dans les Hautes Terres comme sur les côtes, les familles se retirent peu à peu dans leurs foyers. On revient au village, on retrouve les anciens, et surtout, on prend le temps. Le temps d'écouter, de comprendre, de prévoir. Car Adaoro n'est pas une simple pause après les réjouissances. C'est une étape clé du cycle de vie malagasy, une période où l'avenir se dessine collectivement. Dans certaines maisons, à l'écart de l'agitation, les séances de sikidy commencent. Sur une natte ou une table, les graines sont disposées avec précision. Le mpisikidy, concentré, interprète les signes. Autour de lui, les regards sont attentifs. Ici, le visible dialogue avec l'invisible. Esprits, kalanoro, parfois djinns : les frontières s'estompent pour laisser place à une lecture symbolique du monde vivant. Ces consultations ne relèvent pas du simple rituel. Elles orientent, elles éclairent, elles annoncent les grandes tendances de l'année à venir : saisons agricoles, risques sanitaires, événements majeurs ou périodes de trouble.

Mais Adaoro ne se limite pas à la sphère spirituelle. À l'échelle des communautés, la parole circule. Les olobe — les sages —, les notables et les figures d'autorité se réunissent. On débat, on confronte les interprétations, on partage les observations tirées de l'année écoulée. Au cœur de ces échanges, une valeur centrale : le marimaritra iraisana, le consensus. Décider seul n'a pas de sens. La légitimité naît du collectif, de l'équilibre des voix et du respect mutuel. Peu à peu, une vision commune émerge. Quelle sera l'intensité de l'hiver ? Quand viendront les pluies ? Quelles menaces faut-il anticiper ? Autant de questions auxquelles la communauté tente de répondre, en croisant savoirs ancestraux et expériences vécues. Pour chacun, ensuite, vient le temps de l'ajustement — adapter ses cultures, protéger sa famille, anticiper les risques.

Adaoro agit comme une boussole partagée. Dans un monde souvent dominé par l'urgence et l'individualisme, cette période rappelle une autre manière d'habiter le temps : plus lente, plus collective, profondément enracinée. À Madagascar, décider de l'avenir ne se fait pas seul. Cela se construit, patiemment, ensemble.

Radamaranja

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Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

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