À Antananarivo, se déplacer la nuit sans véhicule personnel relève souvent du casse-tête. Les taxi-motos existent, mais la méfiance est là — l'identité du conducteur, on ne la connaît pas toujours. Hasina, lui, a choisi de travailler différemment. Et la nuit est devenue son terrain de jeu.

Hasimbola Randriamanalina — Hasina pour tout le monde — a la quarantaine bien ancrée, une famille, et une moto qu'il sort quand le soleil se couche. Il fait ce travail depuis un an maintenant, et il ne regrette rien. « J'aime bien travailler la nuit », dit-il simplement, avec ce calme de ceux qui ont trouvé leur rythme. Et pour cause — la nuit tananarivienne, c'est un autre monde. Zéro embouteillage, asphalte dégagé, moins de stress mécanique pour la moto, moins de bruit autour. Tout devient plus fluide, plus rapide. Ce que le jour rend compliqué, la nuit le simplifie.
Ce qui rassure ses clients, c'est que son identité ne fait aucun mystère. Sur la plateforme où il est inscrit, tout est visible en amont — numéro de moto, photo, pièce d'identité. Un écosystème de confiance qui change l'expérience pour ceux qui hésitaient à monter derrière un inconnu en pleine nuit. De son côté, Hasina exerce aussi sa propre vigilance. Certaines destinations, il les refuse — quand le quartier ou le trajet pour y arriver lui semble peu sûr, il décline poliment. Et avant chaque course, ses proches savent où il va. C'est une discipline discrète mais constante, celle de quelqu'un qui a décidé de prendre soin de lui autant que de ses clients.
Entre 18 heures et minuit, parfois jusqu'à 1 heure du matin, les courses s'enchaînent. La demande explose dès que la nuit tombe, surtout en centre-ville. « On a plus de commandes la nuit que le jour », confirme-t-il. Le tarif, lui, est doublé par rapport à la journée — entre 6 000 et 13 000 ariary selon la distance — ce qui lui permet d'enchaîner huit à dix courses en une seule nuit. Le conducteur peut arriver chez son client en moins de cinq minutes. Rapide, rentable, et suffisamment calme pour garder la tête froide. Sa signature à lui tient en trois mots qu'il répète sans se lasser — propreté, accueil, respect. Un casque propre, une conduite prudente, un mot aimable. Pendant que la fraîcheur de la nuit commence à se faire sentir sur ses épaules, une nouvelle notification sonne sur son écran. Un client en centre-ville. Hasina ajuste sa veste et repart.
Tatiana Randriamanakajasoa