Esthère Randriamamonjy : Retraite très occupée
21 mai 2026 // Que sont-ils devenus ? // 2901 vues // Nc : 196

À l'âge où beaucoup rangent leurs livres, elle en écrit de nouveaux. Présidente d'Honneur de l'Akademia Malagasy, traductrice des Misérables en malgache, auteure de nombreuses œuvres entrées dans les programmes scolaires — Esthère Randriamamonjy n'a pas pris sa retraite. Elle a juste changé de rythme.

Sa porte n'est jamais vraiment fermée. Des étudiants entrent, repartent, reviennent — certains pour préparer des examens nationaux, d'autres pour affiner un mémoire de fin d'études. Esthère les reçoit tous, avec cette patience tranquille des gens qui ont compris depuis longtemps que transmettre n'est pas une obligation, mais un besoin. « C'est mon ancrage, ma manière de rester liée au monde et à la jeunesse », dit-elle. À 93 ans, ce n'est pas de la posture. C'est une conviction qui tient debout toute seule. Le parcours derrière ce quotidien est vertigineux. Des décennies à la tête de la section Langue et Littérature de l'Akademia Malagasy. Des ouvrages littéraires qui ont intégré les programmes scolaires malgaches — ces livres qu'on ouvre à l'école et qu'on n'oublie jamais tout à fait. Et des traductions qui relèvent de l'exploit tranquille : faire passer Victor Hugo en malgache, transformer Les Misérables en Ireo Fadiranovana, c'est une entreprise qui demande autant de courage que de maîtrise. Comme si on décidait, un matin, de faire entrer Valjean et Fantine dans une langue qu'ils n'avaient jamais imaginé parler.

Aujourd'hui Présidente d'Honneur de l'Académie entière, elle continue d'écrire. « Ne parlez surtout pas de ma plume au passé », prévient-elle avec ce sourire malicieux qui doit désarmer ses étudiants depuis des générations. Et 2026 lui donne raison : deux ouvrages sont en préparation. Le premier, Ranavalona II, est une pièce théâtrale cosignée avec la TPFLM, en hommage aux 150 ans de la reine. Un retour vers le passé pour mieux saisir le présent. Le second est plus personnel, plus provocateur dans son titre : Madagascar perpétue : Mère perpétuellement enceinte. « Dire que Madagascar est perpétuellement enceinte, c'est affirmer qu'elle porte en elle une promesse, une renaissance qui ne demande qu'à éclore », explique-t-elle. Une réponse en forme de cri doux à la question fondatrice : qui es-tu, Madagascar ? L'échange intellectuel, dit-elle, la nourrit autant qu'il aide ceux qui viennent la voir. C'est peut-être là le secret de cette longévité intellectuelle rare — cette circulation du savoir dans les deux sens, qui empêche l'esprit de se figer. Esthère Randriamamonjy n'attend pas. Elle écrit, elle enseigne, elle passe le relais sans lâcher la main.

Tatiana Randriamanakajasoa

Contact Esther : 0345840799

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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