Un jour ordinaire
29 octobre 2024 // 4549 vues 

Notre vieille chatte est morte ce matin. On l’a retrouvée dans les escaliers, dans le coin où elle avait pris l’habitude de s’endormir tous les soirs.

On pouvait voir que la vie l’avait finalement quittée alors qu’elle essayait de se mettre en boule. Nous ne savions pas trop comment faire après ça. Selon la croyance, il est interdit d’enterrer des animaux dans la cour où des vivants demeurent. Mais nous n’étions pas tranquilles à l’idée de nous débarrasser d’un être qui avait partagé quatorze ans de notre vie commune.

J’ai donc creusé un trou avec le vieux couteau à couper du petit bois pour le feu. C’était vers dix-huit heures derrière la maison. J’avais mal au poignet à force et les doigts engourdis. Ensuite on l’a mise là, avec des débris de charbon pour ne pas attirer les charognards. Une grosse pierre a finalement été placée sur la petite tombe et c’est comme ça qu’on reconnaît l’endroit précis de son dernier repos.

Je peux dire que ça a été la chose la plus marquante de ma journée. Je n’oublierai pas l’indépendance avec laquelle elle a mené sa vie. Ses portées successives, avec toujours quelques chatons à la personnalité surprenante ; et la violence de ses amants.

Elle n’a jamais laissé la peur l’empêcher de vivre. Moi, au contraire, je m’oublie. Plus les jours passent et plus l’étau se resserre. Aujourd’hui, franchir le pas de la porte relève de la gageure.

Izika

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Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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