Elles ont plongé dans la crique
24 novembre 2024 // 3093 vues 

Elles ont plongé dans la crique. Elles brillaient autant que les éclats de lumière brisés à la surface de la mer. Elles avaient ému l’après-midi qui, décidant d’être de connivence, s’attardait une heure voire deux de plus. Un bunker se penchait sur le sable, son œil béant s’ouvrait sur l’horizon mais il avait perdu sa mitrailleuse qui pointait jadis comme un membre en érection. À la place de la guerre, il y avait elles, flottant seins nus, baignées de soleil. Sur la plage se dessinaient les empreintes de leurs pas, que les vagues ne tarderaient pas à effacer sans tristesse ni colère.

Et elles semblaient d’ailleurs ne plus jamais devoir rentrer, elles avaient l’air de ne craindre ni la houle ni l’attraction des profondeurs. Elles auraient pu nager jusqu’aux frontières de nulle part, l’après-midi l’aurait permis ; il se serait attardé pour elles, une heure, deux de plus.

Izika

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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