Elles ont plongé dans la crique
24 novembre 2024 // 3924 vues 

Elles ont plongé dans la crique. Elles brillaient autant que les éclats de lumière brisés à la surface de la mer. Elles avaient ému l’après-midi qui, décidant d’être de connivence, s’attardait une heure voire deux de plus. Un bunker se penchait sur le sable, son œil béant s’ouvrait sur l’horizon mais il avait perdu sa mitrailleuse qui pointait jadis comme un membre en érection. À la place de la guerre, il y avait elles, flottant seins nus, baignées de soleil. Sur la plage se dessinaient les empreintes de leurs pas, que les vagues ne tarderaient pas à effacer sans tristesse ni colère.

Et elles semblaient d’ailleurs ne plus jamais devoir rentrer, elles avaient l’air de ne craindre ni la houle ni l’attraction des profondeurs. Elles auraient pu nager jusqu’aux frontières de nulle part, l’après-midi l’aurait permis ; il se serait attardé pour elles, une heure, deux de plus.

Izika

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Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

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