Nous étions tous les deux seuls à la maison
31 décembre 2024 // 3894 vues 

Nous étions tous les deux seuls à la maison. Mes parents étaient sortis et ils étaient aussi les siens, même si j'étais l'oncle et elle la nièce. Cela me ramenait à un temps où sa mère et moi restions seuls à la maison, alors que nos parents, ceux-là même qui avaient des obligations sociales cette nuit, sortaient pour quelque chose comme une cérémonie de mariage. Cette fois, j'étais à la place qu'occupait à l'époque ma grande sœur. Elle m'avait façonné et offert ce que j'ai eu de plus beau. Je ne lui arriverais jamais à la cheville en cela. J'allais faire de mon mieux pour aimer sa fille d'une façon qui m'était propre. D'ailleurs elle m'a dit : « Tonton ! C'est l'heure de se coucher maintenant ! » Les cheveux en bataille, elle me regardait de ces yeux coquets, qu'elle avait empruntés à son père. Elle avait un grand livre illustré à la main, elle tenait celui-ci ostensiblement pour m'indiquer ce que j'avais à faire. Nous nous sommes mis dans le lit à barreaux, encore trop grand pour elle et déjà trop petit pour moi. Je pliais les jambes et commençais à lui lire une histoire.

La veilleuse faisait tomber sa lumière sur les paillettes qu'elle portait pour dormir. Elle aimait les couleurs et la brillance des choses ; elle voulait les porter jusque dans son sommeil. Nous nous sommes mis à jouer avec les reflets dansant sur la moustiquaire. Sa petite main se mesurait à la mienne, faisant ressurgir des souvenirs de ma propre enfance. Je rêvais alors d'être admiré pour la beauté de ce que j'allais écrire et je me rendais compte qu'un tel rêve avait très mal vieilli. Je ne serais jamais plus que son oncle, celui avec qui elle avait partagé ses parents. Les reflets de ce qui brille dans la lumière étaient pour nous un divertissement, jusqu'à ce que sa main ne retombe de fatigue. Elle ne se souviendrait sûrement pas de cette nuit, et moi j'y avais mis toute mon essence. Je ne lui en voudrais certainement pas, comme mes parents ne m'en avaient pas voulu, d'avoir oublié les premiers instants de notre voyage. C'était tout ce dont j'étais capable. Je ne toucherais pas grand monde en définitive, avec mes textes. Mais j'étais allongé aux côtés d'un petit être sous le toit d'un chapiteau. Et nous effleurions des débris d'étoiles dans le ciel.

Izika

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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