Nous étions tous les deux seuls à la maison
31 décembre 2024 // 4814 vues 

Nous étions tous les deux seuls à la maison. Mes parents étaient sortis et ils étaient aussi les siens, même si j'étais l'oncle et elle la nièce. Cela me ramenait à un temps où sa mère et moi restions seuls à la maison, alors que nos parents, ceux-là même qui avaient des obligations sociales cette nuit, sortaient pour quelque chose comme une cérémonie de mariage. Cette fois, j'étais à la place qu'occupait à l'époque ma grande sœur. Elle m'avait façonné et offert ce que j'ai eu de plus beau. Je ne lui arriverais jamais à la cheville en cela. J'allais faire de mon mieux pour aimer sa fille d'une façon qui m'était propre. D'ailleurs elle m'a dit : « Tonton ! C'est l'heure de se coucher maintenant ! » Les cheveux en bataille, elle me regardait de ces yeux coquets, qu'elle avait empruntés à son père. Elle avait un grand livre illustré à la main, elle tenait celui-ci ostensiblement pour m'indiquer ce que j'avais à faire. Nous nous sommes mis dans le lit à barreaux, encore trop grand pour elle et déjà trop petit pour moi. Je pliais les jambes et commençais à lui lire une histoire.

La veilleuse faisait tomber sa lumière sur les paillettes qu'elle portait pour dormir. Elle aimait les couleurs et la brillance des choses ; elle voulait les porter jusque dans son sommeil. Nous nous sommes mis à jouer avec les reflets dansant sur la moustiquaire. Sa petite main se mesurait à la mienne, faisant ressurgir des souvenirs de ma propre enfance. Je rêvais alors d'être admiré pour la beauté de ce que j'allais écrire et je me rendais compte qu'un tel rêve avait très mal vieilli. Je ne serais jamais plus que son oncle, celui avec qui elle avait partagé ses parents. Les reflets de ce qui brille dans la lumière étaient pour nous un divertissement, jusqu'à ce que sa main ne retombe de fatigue. Elle ne se souviendrait sûrement pas de cette nuit, et moi j'y avais mis toute mon essence. Je ne lui en voudrais certainement pas, comme mes parents ne m'en avaient pas voulu, d'avoir oublié les premiers instants de notre voyage. C'était tout ce dont j'étais capable. Je ne toucherais pas grand monde en définitive, avec mes textes. Mais j'étais allongé aux côtés d'un petit être sous le toit d'un chapiteau. Et nous effleurions des débris d'étoiles dans le ciel.

Izika

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Lire

28 mai 2026

Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Ce dimanche 31 mai, à 15 heures, l'amphithéâtre du Centre de Conférence International d'Ivato accueillera un événement inédit dans l'histoire de la mu...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - LeManana guitariste - Mai 2026 - NC 196

Découvrez LeManana guitariste dans le no comment® NC 196 – mai 2026
LeManana puise ses racines dans le beko du Sud de Madagascar pour mieux les mêler aux rythmes d'Afrique et du monde. Quinze ans après ses débuts sur scène, sa world music a déjà traversé les cinq continents. Rencontre avec un artiste qui n’a pas fini de faire voyager la musique malgache.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir