Marcher
25 janvier 2025 // 2802 vues 

C’est ce qui reste encore l’action la plus réelle qu’il me semble pouvoir entreprendre.
Sans but précis, si ce n’est l’errance et la communion avec le monde : les passant.es dont la direction a l’air tout indiquée, les mecs et leur attitude de mec, l’immensité où se perdre et se déstructurer.
C’est ce que nous faisions de temps en temps avec maman et qui d’autre le voulait.
Marcher, planter ses pieds dans le sol comme une assurance de faire partie d’un tout, d’un grand mouvement imperceptible mais aux effets étrangement concrets.
Et nos pas nous avaient perdus cette fois-ci au bord d’une rizière, plantée là en pleine zone périphérique. La ville ne devait pas être bien loin derrière les arbres autour, mais ses bruits ne parvenaient pas jusqu’ici.
Nous avions deux enfants avec nous, et comme le jour était en pleine cassure, nous avons resserré les rangs alors qu’une atmosphère empourprée nous drapait de son violet.

Un homme avec un grand sac en tulle venait droit sur nous de l’autre bout du chemin. « C’est de la ferraille ! de la tôle à revendre ! » nous a-t-il dit comme pour s’excuser.
« Est-ce qu’il y a une sortie par là-bas ? Pour retourner en ville. » lui a demandé maman. « Oui, oui, allez-y ! par là-bas, il n’y a aucun souci. » a-t-il répondu.
Nous sommes tombés plus loin sur une muraille aux contours barbelés, et un homme blanc a surgi du portail comme s’il nous avait vus venir. Son air peu commode nous a fait accélérer le pas. Un zébu nous attendait pour sa part à quelques mètres de là, les yeux fixement dirigés vers nous, le regard inquisiteur.
Le paysage était à présent constitué d’herbe clairsemée, quelques moutons paissaient encore dans la fraîcheur et l’écho d’un cor nasillard nous rappelait que la fête nationale était à nos portes.
Une forme vaporeuse et lointaine se détachait depuis des heures dans un espace déterminé du ciel, mais personne n’avait donné d’explications à ses desseins et encore moins à son origine.
Nous n’avions plus que nous pour seul réconfort, c’est pourquoi nous nous sommes tenus par la main. Aliénés par un sentiment d’inquiétude face à l’inconnu, nous avions cette assurance toutefois. Celle de nous avoir nous, au cœur de ce territoire improbable.

Izika

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Prêt à offrir

Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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