Notre train-train quotidien
31 janvier 2026 // 1963 vues 

Depuis le début du mois de décembre, les réseaux sociaux et les journaux sont inondés de cette nouvelle : la relance du train urbain dans la capitale. Moi, du haut de mes 70 ans, je fais partie de cette génération qui regarde les annonces d’inauguration avec un mélange de curiosité, de prudence… et de souvenirs qui remontent sans prévenir. L’autre matin, en lisant que le train urbain venait d’être inauguré à Antananarivo, quelque chose s’est serré dans la poitrine. Rien de grave à part la nostalgie qui tape à la porte, sans frapper trop fort.

Dans ma jeunesse, quand j’étais encore lycéen, le train n’était pas une nouveauté. C’était une évidence. Un véritable compagnon de route. La ligne Tananarivo–Antsirabe existait encore, vivante. Presque chaque semaine, je prenais le train. Le week-end arrivé, direction Ambatofotsy, parfois Ambatolampy, et quand on se sentait riches en courage — et en temps — jusqu’à Antsirabe. Mais Ambatofotsy restait notre destination favorite. Il faut dire que c’était un haut lieu des concerts, des sorties familiales, des pique-niques. Bref, ça bougeait.

Nous y allions à trois : mon jeune frère cadet, un cousin germain et moi. L’idée était simple et universelle : voir du monde, écouter de la musique, et, soyons honnêtes, tenter notre chance auprès des filles. Ah, la jeunesse… On n’avait pas toujours de l’argent en poche, parfois pas du tout, mais le rendez-vous était sacré. Le week-end sans Ambatofotsy n’existait pas.

Il nous arrivait souvent de monter sans ticket pour le retour. Fuir les contrôleurs n’était pas une mince affaire. Il fallait de la vigilance, de la rapidité, et une bonne dose d’audace. Ça faisait partie de l’aventure. Aujourd’hui encore, quand on s’en souvenait — car oui, on s’en souvenait en riant — on avait l’impression d’avoir vécu un petit film. Malheureusement, mon frère cadet nous a quittés il y a déjà trente ans. Ces souvenirs-là, nous ne les partagerons plus ensemble. Et ça, ça fait un silence particulier.

Quand la fraude n’était pas possible, il ne restait qu’une solution : marcher. Ambatofotsy–Soanierana, à pied. On suivait les rails, même quand des raccourcis existaient, dans l’espoir qu’un wagon passe et qu’on saute dedans. Une scène de western, dans nos têtes.

Ça n’est jamais arrivé. À l’entrée de Tana seulement, on quittait les rails pour la route bitumée.

Et quand l’argent manquait vraiment, on mangeait des goyaves. Il y en avait partout. Ça remplissait l’estomac et ça donnait l’impression d’être riches autrement.

Je me souviens surtout de l’ambiance dans les wagons. Le bruit du rail, le klaxon de la locomotive traversant les agglomérations, les discussions avec des inconnus, le brouhaha joyeux. Aux arrêts, les marchands de mofomenakely et de saucisses envahissaient les quais. La vie était plus simple. Mais qu’est-ce qu’elle était vivante. Alors oui, voir le train revenir aujourd’hui me fait sourire. Ce n’est plus le même décor, ni la même époque. Mais si ce nouveau train peut, lui aussi, fabriquer des souvenirs, alors il aura déjà rempli sa mission.

J.Ravelona

Laisser un commentaire
Lire aussi
no comment
no comment - Golf: Du green à Antalya

Lire

11 octobre 2026

Golf: Du green à Antalya

Ce samedi 10 octobre, le Golf du Rova à Andakana accueillait l’étape malgache de la Turkish Airlines World Golf Cup 2026. Ambiance concentrée, organis...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Interview - Pilo Kely - Octobre 2026 - NC 201

Découvrez Pilo Kely, champion de Madagascar de beatbox, dans le no comment® NC 201 – octobre 2026
Un tout petit piment qui pique fort. C'est le sens de Pilo Kely, le pseudonyme que s'est choisi Randriamihaja Tsirava Wilkinson, 21 ans, champion de Madagascar de beatbox. En juillet 2027, il s'envolera pour Copenhague défendre les couleurs malgaches au Beatbox Battle World Championship.

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir