A’Kalo : Mamie blue
2 octobre 2022 // Musique // 11466 vues // Nc : 153

Damy Govina chante en tandroy, le dialecte du Grand Sud qu’elle estime trop souvent négligé et moqué par les élites. Au-delà, c’est les rythmes du Sud enrichis au « galeha midero » qu’elle remet à l’honneur, réponse à une époque qu’elle juge hyper-formatée.

Mère célibataire et journaliste, Damy Govina a trouvé depuis toujours un refuge dans la musique. Un départ de vie, il est vrai, assez difficile. « Je suis polyglotte mais j’ai appris le français grâce aux bouteilles en plastique que les gens jetaient... Si je ne m’étais pas autant battue dans ma vie, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. » Mamie, par exemple, estune chanson purement autobiographique, comme toujours dans son répertoire : « Je l’ai écrite en 2016 en hommage à ma grand-mère, mais aussi à ces mères qui doivent élever seules leurs enfants, qui essayent d’être les meilleures mamans du monde dans un environnement souvent dramatique. Mon père est mort à 29 ans et c’est ma grand-mère qui nous a élevés. Je ne suis pas issue d’une famille riche, nous dormions dans le marché d’Analakely à Mahajanga, où nous avons survécu à deux cyclones. »

Née d’une mère Tsimihety et d’un père Antanadroy, Damy Govina est revenue vivre à Madagascar après avoir vécu cinq ans aux Comores. Plutôt que de suivre la « filière » française, elle a préféré revenir au pays pour en apprendre un peu plus sur ses origines et sa culture. « En intégrant le milieu journalistique, j’ai remarqué qu’il y avait peu de sujets sur la culture malgache. Par exemple, j’écrivais sur le havoria, une tradition des tribus Mahafaly et Antandroy, mais le rédacteur en chef de l’époque ne semblait pas intéressé. Je me suis sentie exclue. » Elle commence alors à faire ses recherches et collabore avec des associations engagées dans la diversité culturelle.

A’Kalo, son nom de scène, signifie « mortier », « ciment », ce qui permet de recoller les morceaux. Son style s’inspire plus précisément du galeha, des jeux vocaux pratiqués par les jeunes bouviers de l’Androy qu’elle mélange avec des rythmes traditionnels pour donner le galeha midero. « Je veux créer une nouvelle forme d’expression musicale. Les Malgaches sont tous un peu mélomanes, mais on assiste à une déperdition de cet héritage culturel. Sans parler de ces ados qui n’écoutent que des trucs hyper-formatés en anglais. » Raison pour laquelle tous ces textes sont en tandroy. « C’est le dialecte le plus mal compris à Madagascar, aussi négligé que stéréotypé. Dans mes clips, je mets toujours des sous-titres pour que les gens apprennent et comprennent. Tous les dialectes devraient figurer dans l’enseignement malgache. »


Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Rap francophone : Gazo et La Fouine se partagent le Stade Barea

Lire

16 mars 2026

Rap francophone : Gazo et La Fouine se partagent le Stade Barea

Le rap francophone s’apprête à faire vibrer Antananarivo. Le 10 avril prochain, le Stade Barea Mahamasina accueillera une affiche qui réunit deux figu...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir