West Bullet : Thrash à balles réelles
4 octobre 2025 // Musique // 10782 vues // Nc : 189

Créé il y a moins de trois ans, le groupe tananarivien de thrash metal West Bullet s’impose déjà en tête d’affiche des concerts dans la capitale et en régions. Quatre jeunes types dans la vingtaine, tendus comme des arcs et qui jouent comme s’ils avaient grandi dans la Bay Area des années 80. Ici, pas de romance sucrée, pas de balade FM. West Bullet ne fait pas dans la dentelle. Amateurs de musique à l’eau de rose, passez votre chemin !

Le thrash metal – pour ceux qui débarquent – c’est ce croisement sauvage entre la brutalité du punk hardcore et la puissance du heavy metal. Un style né dans les années 80 avec Metallica, Slayer, Exodus, Kreator ou Destruction, défini par des tempos supersoniques, une agressivité à la tronçonneuse et une conscience sociale aussi aiguisée que ses riffs. Depuis les années 2010, une nouvelle vague a ressuscité ce son cataclysmique, avec Crisix, Lost Society ou Havok. Dans ce sillage, West Bullet – formé par Stevie au chant et à la guitare, Gabriel, Andy et Natina respectivement à la guitare, à la basse et la batterie – incarne la relève malgache. « On a grandi avec les riffs d’Andreas Kisser de Sepultura et de Jeff Hanneman de Slayer », raconte Stevie, sourire carnassier. « Les coups de baguettes de Lombardo et Bostaph nous ont nourris, et vingt ans plus tard, c’est devenu notre langage naturel », rajoute Natina. Rien d’étonnant, donc, si leur crossover ultra-véloce rappelle les âges d’or du genre.

Leur musique ne se contente pas de faire trembler les murs : elle mord. Comme à l’origine du thrash, leurs textes portent des revendications. Rage contre l’injustice, dénonciation du système, critique d’une société malgache qu’ils jugent anesthésiée. « Nous parlons de ce qui ne va pas au niveau social. Inévitablement, ça touche à la politique. Mais résister ne signifie pas descendre dans la rue pour tout casser », affirme Stevie. West Bullet, ce sont des titres qui cognent, qui transpirent la sincérité et refusent l’hypocrisie. Andy, à la basse, et Gabriel, à la guitare, épaulent la section rythmique comme des chiens enragés lâchés sur scène. « Nous laissons les chansons d’amour aux autres », tranche Natina, le regard noir.

Et le public suit. Dans les pits de Tana ou de Fianarantsoa, les kids pogotent comme si leur vie en dépendait. West Bullet, avec sa hargne et sa vélocité, a déjà l’aura d’un groupe culte. Trois ans d’existence à peine, mais un héritage assumé et une rage intacte. Si Madagascar devait avoir ses propres Slayer, le nom est déjà trouvé.

Solofo Ranaivo

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