Et si un simple plateau pouvait raconter Madagascar autrement ? Vatofantsika n'est pas une copie du Monopoly — c'est autre chose, quelque chose de plus ancré, de plus gasy. Derrière les dés et les pions, Rabetsimarofy Andriantsoavina a construit un jeu de société qui amuse, transmet et célèbre les richesses de la Grande Île.


« Je voulais créer un jeu qui soit vraiment malgache, pas seulement un jeu inspiré de l'étranger », lance-t-il dès le début. Le point de départ est clair — se distinguer du Monopoly classique, qui repose sur l'immobilier, les terrains et les hôtels. Ici, le plateau raconte les terres, les produits et les régions productrices de Madagascar. Le jeu est né lors d'une formation au Orange Digital Center, où Rabetsimarofy apprend le design et la création graphique. D'abord un simple croquis au crayon, Vatofantsika devient après plusieurs tests et ajustements un vrai jeu de société — plateau en contreplaqué, cartes, banque, règles précises. Et le plateau lui-même est une entrée en matière, puisqu'il se présente sous forme de puzzle à assembler avant de jouer. Les joueurs sont déjà dans le jeu avant même de lancer les dés.
Sur le parcours, on traverse les richesses exportées par Madagascar — vanille, cacao, litchi, café, girofle, vin — dans leurs régions productrices respectives. Les ports jalonnent le plateau comme des balises. « Le port représente l'ouverture vers le monde, car ce sont ces endroits qui permettent aux produits malgaches d'être exportés », explique le créateur. La monnaie utilisée est l'ariary — et l'objectif est d'être le premier joueur à atteindre un million. Chaque pion représente une espèce endémique — maki, tortue, caméléon, ankoay — accompagnée de symboles traditionnels comme l'aloalo ou l'amponga. « Je voulais que chaque élément rappelle Madagascar », précise Rabetsimarofy.
Vatofantsika ne se limite pas à la stratégie financière. Des cartes culturelles ponctuent la partie — compléter un proverbe malgache, reconnaître une ville, répondre à un défi sur le patrimoine. Une couche d'apprentissage glissée dans le plaisir du jeu, sans que ça ne ressemble à un cours. Pensé pour quatre joueurs à partir de la classe de 8e, le jeu reste aujourd'hui un prototype avancé — la production à grande échelle nécessite encore des investissements pour le packaging et la fabrication des pions. Mais l'ambition est posée — collaborer avec des écoles et des entreprises, et créer à terme une marque spécialisée dans les jeux malgaches. Une partie où le but n'est pas seulement de gagner, mais de mieux connaître le pays qu'on croit déjà connaître.
Lucas Rahajaniaina
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Photos Andry Randrianarisoa