Sih Rakout : De la colère à l’acrylique
14 avril 2024 // Arts Plastiques // 5938 vues // Nc : 171

Plus connue comme styliste, Sih Rakout peint aussi. Son œuvre « Dispersion » fait la couverture du no comment® magazine de ce mois d’avril. Une faveur venant de celle qui sépare sa carrière de styliste de sa casquette de peintre, une sphère personnelle. Car, contrairement à la mode politique et sociale qu’elle prône, c’est une peinture plus spontanée et à fleur de peau qu’elle nous fait découvrir chez elle.

En entrant chez elle, on est fasciné par l’omniprésence des livres. Ce n’est pas un hasard : elle est autodidacte. « J’ai lu un livre où l’auteur interprète un peintre déjà décédé, il tire des conclusions à partir de telle ou telle couleur, mais ce n’est pas tout le monde qui a étudié les beaux-arts, et c’est impossible d’entrer dans la tête du peintre. Je veux dire qu’il n’y a pas de vérité absolue dans mon œuvre, je n’ai pas recours à une formule. Après, je peux raconter une histoire différente pour chaque personne. » Et c’est ce qui s’est passé, en publiant sa première œuvre sur les réseaux sociaux, elle a trouvé un acquéreur. À la fin du confinement, plusieurs tableaux ont même été exposés dans sa boutique à Antaninandro. « J’ai réussi à vendre mon premier tableau, mais par la suite, c’est mon mari qui achète tous mes tableaux. Ça reste pour la famille, il m’encourage. »

Avec ce client assuré, son « plus grand client », Sih Rakout se libère des contraintes du marché de l’art, elle explore et explose en toute liberté. « Je ne sais pas quand est-ce que je vais peindre, cette année je n’ai pas encore traversé cette crise, ce moment où je ne veux faire rien d’autre à part ça. C’est toujours de la colère : dans ma boutique, il y a une dizaine de tableaux, peints en une seule nuit car j’étais enragée. » Mais enragée contre quoi ? Pas de réponse définitive pour elle, qui affirme qu’il est vain d’essayer de deviner ce que l’artiste avait en tête au début. En tant que créatrice, elle peut donner une histoire à une œuvre aujourd’hui, en donner une toute autre demain, et ainsi de suite. Alors, juste ce matin où elle nous reçoit, elle nous explique « Dispersion » en réaction à la façon dont Antsaly Rajoelina est traitée, celle qui représente Madagascar au Miss World. « Il y a cette petite fille qui a été violée, et tous les experts de Facebook ont un truc à dire. Ces mêmes personnes qui sont les détracteurs de Antsaly, pour son look ; alors qu’elle se bat pour cette cause, elle-même victime de viol. Au lieu de s’attarder sur ce détail, pourquoi ne pas la soutenir et faire avancer cette cause par la suite ? »

Sur la toile, son indignation se traduit par des courbes, des « âmes » enfermées dans un cadre. « Tu ne peux pas sortir de la masse. On reste dans le labyrinthe et c’est pour ça qu’on est pauvre. Ils pourraient être libres de s’exprimer, de conduire vers quelque chose de nouveau, toutes les autres pourront se libérer hors de ce cadre si une âme arrive à s’en sortir. » Elle fait référence à une publication sur Facebook où elle s’exprimait sur la situation de Antsaly Rajoelina, une publication supprimée ensuite à cause de l’incompréhension. Pour elle, les âmes n’aboutissent pas à une dispersion à cause du manque de connaissance. « Même les EPP manquent. C’est ce que je m’efforce d’exprimer. Dès qu’on ouvre la bouche, tous ces savants viennent à l’assaut, c’est difficile. » Ces âmes se trouvent aussi sur d’autres tableaux, dans des situations dont elle seule a connaissance. Pour la suite, Sih Rakout ignore encore la prochaine étincelle qui va embraser son âme, mais elle compte bien continuer la peinture.

Passengers
Ce tableau évoque la diversité de l’âme humaine
Collection privée Christian Platteau
Acrylique sur toile - Technique mixte
Sur la défensive
Posture de protection ou de résistance alors que d’autres sont sans défense
Collection privée Christian Platteau
Acrylique sur toile 80*80
Zen attitude
L’envie de calme intérieur et la sérénité profonde
Collection privée Christian Platteau
Acrylique sur toile 40 x 60 cm

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina
Facebook : Sih Rakout

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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Collaborations : Kostami - Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Addie, Kenny, Mitia, Natacha, Onitiana, Manoa, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

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