Sih Rakout : De la colère à l’acrylique
14 avril 2024 // Arts Plastiques // 6400 vues // Nc : 171

Plus connue comme styliste, Sih Rakout peint aussi. Son œuvre « Dispersion » fait la couverture du no comment® magazine de ce mois d’avril. Une faveur venant de celle qui sépare sa carrière de styliste de sa casquette de peintre, une sphère personnelle. Car, contrairement à la mode politique et sociale qu’elle prône, c’est une peinture plus spontanée et à fleur de peau qu’elle nous fait découvrir chez elle.

En entrant chez elle, on est fasciné par l’omniprésence des livres. Ce n’est pas un hasard : elle est autodidacte. « J’ai lu un livre où l’auteur interprète un peintre déjà décédé, il tire des conclusions à partir de telle ou telle couleur, mais ce n’est pas tout le monde qui a étudié les beaux-arts, et c’est impossible d’entrer dans la tête du peintre. Je veux dire qu’il n’y a pas de vérité absolue dans mon œuvre, je n’ai pas recours à une formule. Après, je peux raconter une histoire différente pour chaque personne. » Et c’est ce qui s’est passé, en publiant sa première œuvre sur les réseaux sociaux, elle a trouvé un acquéreur. À la fin du confinement, plusieurs tableaux ont même été exposés dans sa boutique à Antaninandro. « J’ai réussi à vendre mon premier tableau, mais par la suite, c’est mon mari qui achète tous mes tableaux. Ça reste pour la famille, il m’encourage. »

Avec ce client assuré, son « plus grand client », Sih Rakout se libère des contraintes du marché de l’art, elle explore et explose en toute liberté. « Je ne sais pas quand est-ce que je vais peindre, cette année je n’ai pas encore traversé cette crise, ce moment où je ne veux faire rien d’autre à part ça. C’est toujours de la colère : dans ma boutique, il y a une dizaine de tableaux, peints en une seule nuit car j’étais enragée. » Mais enragée contre quoi ? Pas de réponse définitive pour elle, qui affirme qu’il est vain d’essayer de deviner ce que l’artiste avait en tête au début. En tant que créatrice, elle peut donner une histoire à une œuvre aujourd’hui, en donner une toute autre demain, et ainsi de suite. Alors, juste ce matin où elle nous reçoit, elle nous explique « Dispersion » en réaction à la façon dont Antsaly Rajoelina est traitée, celle qui représente Madagascar au Miss World. « Il y a cette petite fille qui a été violée, et tous les experts de Facebook ont un truc à dire. Ces mêmes personnes qui sont les détracteurs de Antsaly, pour son look ; alors qu’elle se bat pour cette cause, elle-même victime de viol. Au lieu de s’attarder sur ce détail, pourquoi ne pas la soutenir et faire avancer cette cause par la suite ? »

Sur la toile, son indignation se traduit par des courbes, des « âmes » enfermées dans un cadre. « Tu ne peux pas sortir de la masse. On reste dans le labyrinthe et c’est pour ça qu’on est pauvre. Ils pourraient être libres de s’exprimer, de conduire vers quelque chose de nouveau, toutes les autres pourront se libérer hors de ce cadre si une âme arrive à s’en sortir. » Elle fait référence à une publication sur Facebook où elle s’exprimait sur la situation de Antsaly Rajoelina, une publication supprimée ensuite à cause de l’incompréhension. Pour elle, les âmes n’aboutissent pas à une dispersion à cause du manque de connaissance. « Même les EPP manquent. C’est ce que je m’efforce d’exprimer. Dès qu’on ouvre la bouche, tous ces savants viennent à l’assaut, c’est difficile. » Ces âmes se trouvent aussi sur d’autres tableaux, dans des situations dont elle seule a connaissance. Pour la suite, Sih Rakout ignore encore la prochaine étincelle qui va embraser son âme, mais elle compte bien continuer la peinture.

Passengers
Ce tableau évoque la diversité de l’âme humaine
Collection privée Christian Platteau
Acrylique sur toile - Technique mixte
Sur la défensive
Posture de protection ou de résistance alors que d’autres sont sans défense
Collection privée Christian Platteau
Acrylique sur toile 80*80
Zen attitude
L’envie de calme intérieur et la sérénité profonde
Collection privée Christian Platteau
Acrylique sur toile 40 x 60 cm

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina
Facebook : Sih Rakout

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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