Mitsinjo : Slam addict !
10 novembre 2024 // Littérature // 5434 vues // Nc : 178

Mitsinjo, un nom qui évoque l'anticipation, est une jeune poétesse et slameuse malgache dont la plume et la voix ne laissent personne indifférent. Étudiante et passionnée d'art oratoire, elle utilise le slam comme un moyen de sensibiliser et d'éveiller les consciences à travers des textes bruts et percutants.

Sur scène, Mitsinjo aborde des thèmes variés. Bien qu'elle explore parfois des sujets personnels, elle choisit de ne pas les partager en direct lorsqu’ils sont trop chargés d'émotions. « Quand cela me procure trop d'émotions, je préfère le publier sur ma page Facebook, mais jamais sur scène. J’y apporte plutôt un personnage », explique-t-elle. Ses textes touchent à des sujets universels comme l'amour, mais elle préfère les textes agressifs, ceux qui conscientisent et sensibilisent sur les problèmes sociaux. « L’émotion qui m’inspire le plus est la colère. Je m’exprime dans mes textes, et je prends vraiment le temps de travailler dessus en jouant avec les figures de style. » Pour Mitsinjo, l’inspiration se divise en deux parties. Parfois, elle arrive spontanément, la réveillant même en pleine nuit, et elle se met à écrire tout ce qui lui traverse l’esprit. D’autres fois, un thème lui est imposé et elle doit alors prendre le temps de trouver la meilleure manière de l’aborder, en travaillant méticuleusement sur les figures de style. Elle jongle entre le français et le malgache, chaque langue apportant une nuance différente à ses œuvres : « Il y a des textes très psycho où je suis à l’aise avec le français. Mais pour d’autres, la langue malgache s’impose naturellement. »

En effet, c'est en 2022 que Mitsinjo fait ses débuts sur scène lors d'une performance au CRAAM à Ankatso. Ce moment marque le début de son aventure dans le slam-poésie, bien que l’écriture a toujours été présent. Depuis 2015, elle remplissait des carnets de pensées et de poèmes, notamment pour sa mère lors des fêtes. Mais c'est en rencontrant une amie partageant la même admiration pour le célèbre slameur Épistolier, qu'elle découvre véritablement l'univers du slam. « Elle m’a parlé de ce monde, et je l’ai convaincue de m’emmener avec elle à une scène ouverte. En juillet 2022, j’ai décidé de monter sur scène parce que je trouvais ça trop bien ! » Sa première prestation fut stressante, mais malgré cela, elle a su faire face et s'en sortir avec brio. Depuis ce jour, elle ne s'est plus arrêtée. « C'est devenu comme une drogue », confie-t-elle. Toujours active, Mitsinjo participe aux scènes ouvertes organisées par Madagaslam dans des lieux emblématiques d'Antananarivo comme l'IFM, le CGM, ou encore l'AFT. Elle s’essaie également aux tournois, continuant de perfectionner son art tout en apprenant de chaque expérience.

Si elle devait choisir l'une de ses œuvres favorites, Mitsinjo citerait son premier texte en anglais, « When Thoughts are Poetic ». Ce poème, qu’elle a partagé en vidéo, a marqué un tournant dans son parcours créatif. Une autre de ses œuvres, une vidéo sur la vie à l'Université d'Antananarivo, est devenue virale sur Facebook. Ces réussites lui donnent la motivation de poursuivre son écriture, surtout en anglais, et de s'engager dans des tournois, déterminée à ne pas abandonner. Mitsinjo souligne d’ailleurs l'importance de la résilience dans son domaine. « Ne jamais abandonner après une défaite, ne pas être trop confiante, s’entraîner constamment et toujour, donner le meilleur. » Pour Mitsinjo, l’art oratoire est une arme puissante pour transmettre des messages et sensibiliser les gens sur les réalités sociales. Elle n’a pas fini de faire entendre sa voix sur les scènes du slam et de la poésie à Madagascar.

Cédric Ramandiamanana

Facebook : Mitsinjo Poétesse slameuse
0342966983

Renaissance

Je suis tombée souvent mais à chaque fois ,je me remets
Sur mes deux pieds
Sans besoin d'être dopée
Et peut-être pas de mes cendres, mais je renais
Ils dissent qu' "On ne vit qu'une fois" mais je renie
Je mets chacune de mes vies en remix
Le levé du soleil symbolise une chance nouvelle
Une naissance, un nouveau départ, un début
De l'inspi pour commettre encore plus d'insolence
Pour continuer à écrire, à exposer mes délires, à faire des jeux de mots, d'allitération ou d'assonance
Pour construire d'autres mondes ces fois où je suis esclave de l'insomnie
Pour grandir en talent et en taille, pour atteindre ce fameux sommet

Alors je travaille mes sonnets
Mais on en est loin
Enfin, pour l'instant
Sauf que rien ne nous empêche de rêver
Rien ne nous dit qu'on ne peut pas y arriver
Il suffit de passer de l'autre côté de la rive
Et de tout virer au top de la vertu
Avoir de l'envergure
Le temps ne s'arrêtera pas,
Il est temps de défier la paresse
La réalité frappe en plein figure
Et le vent lui, il caresse
Chacune de mes cellules meurent en temps voulu
Pendant que d'autres réapparaîssent
Un répis m'est necessaire avant qu'une nouvelle fois je rennaisse

Mitsinjo 28/08/24

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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Modèles : Addie, Kenny, Mitia, Natacha, Onitiana, Manoa, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

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