Le Manana : Clouer le beko
10 mai 2026 // Musique // 6431 vues // Nc : 196

Quinze ans qu'il tient la flamme. Guitariste, passeur de mémoire et expérimentateur assumé, Le Manana incarne une rareté dans le paysage musical malgache : il ose toucher au sacré — et il le fait bien.

Tout part d’un choc. À Beloha Tsiribihina, lors d’un rituel où les voix semblent convoquer les absents, il découvre le beko. Ce chant, souvent a cappella, porté par une intensité presque incantatoire, sert autant à dire la douleur qu’à maintenir le lien entre vivants et ancêtres. « Cela a touché mon âme », glisse-t-il, sans chercher à en rajouter — ce serait presque indécent. À partir de là, il ne s’agit plus d’apprendre une musique, mais d’habiter une mémoire. Quinze ans plus tard, la promesse tient toujours. Mais elle s’est déplacée. Prendre le beko — cette musique âpre, rituelle, peu connue au-delà des plateaux du Sud — et le faire converser avec le jazz, mais surtout avec le soukous, cette déflagration électrique née à Kinshasa dans les années 60, qui a conquis l'Afrique entière à coups de guitares vrombissantes et de rythmiques hypnotiques. À première vue, les deux univers n'ont rien à faire ensemble. C'est précisément là où Le Manana installe son campement. « Le but, c'est de rendre le rythme agréable à l'oreille tout en gardant son originalité — avec une petite sauce piquante de modernisation. Le rythme seul ne suffit pas : sans relief, le public s'évaderait. »

Ce qu'il cherche n'est pas la trahison, mais l'élargissement. Toucher un public qui n'aurait jamais poussé la porte du beko autrement. La fusion, chez lui, n'est pas un effet de mode — c'est une stratégie de survie culturelle. « Un pays qui ne défend pas sa culture sera toujours colonisé », lâche-t-il, sans détour, avec cette tranquille conviction des gens qui ont réfléchi longtemps avant de parler. À l'écoute de ses compositions, on perçoit effectivement quelque chose d'hybride et de cohérent à la fois — comme si le Sud profond de Madagascar avait, lui aussi, décidé de voyager. L’artiste compte actuellement trois albums au compteur, et un quatrième en gestation. Pour ses quinze ans de scène, un grand concert se prépare. Un anniversaire qu'il revendique collectif, avant tout. « Sans eux, il n'y aurait pas de 15e année », déclare-t-il. Le public, toujours. Comme le vrai dernier mot.

Tatiana Randriamanakajasoa

Contact Le Manana : 0327171707

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golf: Du green à Antalya

Lire

11 octobre 2026

Golf: Du green à Antalya

Ce samedi 10 octobre, le Golf du Rova à Andakana accueillait l’étape malgache de la Turkish Airlines World Golf Cup 2026. Ambiance concentrée, organis...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Interview - Mahasahy Afido - Octobre 2026 - NC 201

Découvrez Mahasahy Afido, spécialiste du bonebreaking, dans le no comment® NC 201 – octobre 2026
Un bras se plie à l'envers. Une épaule semble sortir de son axe. Dans la salle, certains se cachent les yeux. Mahasahy Afido, danseur-chorégraphe et spécialiste du bonebreaking, ne fait jamais dans le consensus. En 2026, il présente Mue, son premier solo — une pièce expérimentale sur ce que les jeunes héritent de leurs aïeux, entre torsions spectaculaires et mémoire intergénérationnelle.

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir