Dans son atelier d'Antsahameva, Pierre Rémi Léduc Michaël transforme tuyaux usagés, canettes et journaux froissés en sculptures habitées. kaMi ne recycle pas. Il ressuscite.
Des éléphants surgissent de tuyaux et d'ampoules usagées. Des tortues naissent de journaux et de magazines, coiffées d'un vieux chapeau Betsileo, juchées sur un pied improvisé avec une bouteille de sirop médical. Dans un coin, des figurines en canettes — les Korotamby — scintillent comme des reliques urbaines.

Ce qui était autrefois la chambre de kaMi, à Amster Village à Andrainarivo, ressemble aujourd'hui à un cabinet de curiosités où chaque objet a une deuxième vie, et chaque matière une dignité retrouvée. Ces œuvres sont signées kaMi. Derrière ce nom, Pierre Rémi Léduc Michaël — métis de Sainte-Marie, d'Anosibe Anala et de Mahafaly — qui puise dans ce triple héritage une identité plastique difficile à classer et impossible à imiter.
Tout commence dans l'adolescence, avec des chutes de cuir transformées en bracelets et porte-clés. Rien d'extraordinaire, en apparence. Mais la curiosité, chez lui, ne se contente pas longtemps de peu. « J'ai toujours été fasciné par la façon dont un objet oublié peut devenir précieux. Très vite, j'ai voulu explorer tous les matériaux et transformer ce qui pollue en quelque chose de beau », raconte l’artiste. En 2018, l'art cesse d'être un hobby et devient un métier. Graffiti, peinture, arts plastiques, recyclage : kaMi fait dialoguer tradition malgache et geste écoresponsable, avec la liberté de quelqu'un qui n'a pas appris les règles dans les manuels.
Sa méthode de travail est aussi organique que ses matériaux. Il négocie avec les supermarchés, fouille les marchés locaux, part parfois à La Réunion Kely pour dénicher des pièces rares. Le processus, lui, peut prendre une journée comme deux semaines — la plus longue œuvre réalisée fut une peinture sur son propre plafond, un mois de travail en apesanteur. « Parfois je commence une œuvre sans savoir où elle va finir, et c'est ce qui est excitant. D'autres fois, je visualise l'objet d'abord et je cherche ensuite les matériaux pour le réaliser », confie-t-il. Warhol, lui, travaillait à partir de boîtes de soupe. kaMi, à partir de ce que la ville rejette. « Je me considère comme un conteur. Chaque matériau a sa voix, et je m'efforce de la faire parler », dit-il avec fermeté. Son ambition prochaine : une boutique-galerie, pour que ses œuvres — vendues aujourd'hui uniquement sur les réseaux — puissent être contemplées en vrai, dans l'espace qu'elles méritent. Ce qu'on admire chez kaMi, ce n'est pas tant le recyclage que le regard. La conviction que rien n'est vraiment fini. Que le déchet est une œuvre qui attend.
Lucas Rahajaniaina
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