Tsimihipa Andriamazarivo (ONG Tolotsoa) « Les Malgaches ne connaissent pas leurs droits »
5 octobre 2022 // Assos // 6063 vues // Nc : 153

Lutte anticorruption, promotion de la démocratie, observatoire parlementaire…l’ONG Tolotsoa multiplie les actions pour permettre au public de mieux connaître ses droits. Plus les citoyens s’intéresseront aux affaires publiques et mieux le pays se portera, explique Tsimihipa Andriamazarivo, coordinateur de l’ONG.

L’ONG Tolotsoa au départ ?
Elle est créée en 2010 à travers un projet de soutien à la scolarisation , en créant une cantine et en apportant des copies d’acte d’état-civil aux « enfants fantômes » qui n’en avaient pas. Au cours de cette action ponctuelle, Tolotsoa et ses partenaires ont rencontrés plusieurs obstacles, dont la corruption qui était favorisée en grande partie - nous l’avons compris - par la méconnaissance des parents en ce qui concerne la loi et les procédures.

D’où votre réorientation sur les questions de la bonne gouvernance ?
Nous nous intéressons à toutes questions relatives au bon fonctionnement de l’administration, à la participation citoyenne et à l’engagement civique. Nous développons des outils et des actions qui permettent de renforcer les capacités et les connaissances des jeunes et des citoyens en général, sur les thématiques de la lutte contre la

corruption, le processus électoral, le rôle des différentes institutions. Le grand drame de Madagascar est que beaucoup de nos concitoyens ne connaissent pas leurs droits   fondamentaux en ce qui concerne les services que l’État doit leur fournir.

Vous estimez que les jeunes ont un rôle capital à jouer…
Ils constituent aujourd’hui la majeure partie de la population mondiale et cette caractéristique se retrouve bien entendu en Afrique et à Madagascar. Malheureusement, ce poids ne transparaît pas dans le processus de prise de décisions actuel alors que ce sont les jeunes qui en subissent et en subiront demain les conséquences. « Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi », cette citation de Mandela, inspirée de Gandhi, résumer bien le propos.

Qu’est-ce que le « learning by doing ? »
Nous prônons cette méthode pour développer la compétence et l’intérêt pour la chose publique. Plus les citoyens et les jeunes seront intéressés par la conduite des affaires publiques mieux le pays se portera. Notre objectif n’est pas qu’il y ait 28 millions de ministres, députés ou juges mais qu’il y ait 28 millions de citoyens qui s’intéresseraient plus à la façon dont l’argent public est dépensé. Aller voir si les lois sont faites pour l’intérêt de tous ou au contraire de quelques-uns. Si les droits fondamentaux sont ou non bafoués… Mais pour cela, il faut que de plus en plus de jeunes acquièrent les capacités et les connaissances qui leur permettraient de participer pleinement à la vie publique. C’est ce que nous nous acharnons à développer.

Votre apport dans la lutte contre la corruption ?
Notre travail dans l’anticorruption relève essentiellement de l’éducation et de l’information. Nous avons commencé avec le projet TsyCoolKoly par la mise en place de signalétiques au sein du Centre hospitalier universitaire Joseph Raseta Befelatanana (CHUJRB). Ensuite, nous avons créé le jeu de société i-TsyCoolKoly et plus tôt dans l’année, nous avons produit le Guide de la lutte contre la corruption pour les jeunes à Madagascar, en malgache et en français. À travers ces différentes actions, nous avons rendu accessibles au grand public le contenu de la loi 2016-020 et les différentes institutions du système anticorruption à Madagascar. On a également permis au public d’identifier les formes de corruption qu’ils peuvent rencontrer au quotidien et de les dénoncer.

Qu’en est-il de l’observatoire parlementaire ?
Le projet Balaky est un observatoire parlementaire et une salle de classe à taille humaine pour mieux connaître les rôles du Parlement et conscientiser les citoyens. Nous avons organisé 20 sessions présentielles d’éducation sur le Parlement auprès de 724 jeunes dans les villes de Fianarantsoa, Antsirabe et Ambatolampy, Toamasina, Fénérive-Est, Ambatondrazaka (CU Ambatondrazaka, Bembary, Ambohitsilaozana), Moramanga, Sambava, Toliara, Morondava et Antananarivo (Ankatso, Centre Arrupe). Ce projet a permis de faciliter la compréhension des travaux parlementaires et mieux cerner les rapports qu’ont les parlementaires avec les citoyens. En ce qui concerne l’éducation au vote, nous avons déjà participé à des missions d’observation électorales et à des campagnes de sensibilisation pour l’inscription dans la liste électorale. Au-delà du simple fait d’inciter les jeunes à aller voter, nous revenons aux bases de la démocratie et de la participation citoyenne.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Lire

8 mai 2026

FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Le CCI Ivato a ouvert ses portes hier pour la 27e édition de la Foire internationale de Madagascar. Le thème choisi — « Madagascar en mouvement : les...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Ferme de la Jungle - Avril 2026 - NC 195

Découvrez la Ferme de la Jungle, dans le no comment ® NC 195 – avril 2026
Nichée à Ambohimanarina, en plein cœur d’Antananarivo, la Ferme de la Jungle de Rajaonarivony Christian offre une escapade nature surprenante : eau, verdure et animaux rares sur près de 5 hectares. Pêche, pique-nique, visites guidées… le site peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir