Razaivelomanana Eva : Faiseuse de bien-être
18 mai 2024 // Métiers & Petits Métiers // 5455 vues // Nc : 172

Vous avez forcément déjà vécu cette situation lors de vacances sur les côtes de Madagascar. Arrivé sur les plages les plus fréquentées, on se fait à tous les coups accoster par une horde de personnes dont certains vendent de la nourriture, d’autres des services.

Vous vous êtes déjà demandé comment ça fonctionnait ? Derrière ces gens se cache toute une organisation. Chaque personne que vous voyez sur les plages avec un panier à la main, un seau sur la tête ou autre appartient à une assemblée réunissant un même type de produit ou service. Chaque assemblée est ensuite divisée en plusieurs groupes qui se verront partager leurs bénéfices journaliers. Le long des plages de Maroala à Majunga, Razaivelomanana Eva  fait partie des innombrables personnes qui offrent de ses services aux visiteurs.

Elle s’identifie davantage à son service de massage sur lequel elle s’investît le plus. Sa grand-mère ayant été une masseuse connue de leur quartier, elle a appris en observant et en s’exerçant avec ses proches. Elle considère avoir eu un don dès son jeune âge et avec la bénédiction de sa grand-mère, elle en a fait son métier. Néanmoins, les masseuses englobent les services de mendhi (l’art du dessin au henné sur la peau), de tressage ainsi que de masque de santal ou « masonjoany ». Et contrairement au massage et au tressage qu’elle tient de ses ancêtres, Eva a développé son talent du dessin au mendhi et « masonjoany » grâce à l’expérience. Au début, elle avoue avoir eu du mal au point où les clients ne veuillent pas la payer car les dessins ne ressortaient pas comme sur les modèles, le fameux « satisfait ou remboursé ». Mais avec beaucoup de réparti elle ajoute : « Je ne leur en veux pas car je suis en perpétuelle formation et les remercie même pour leurs retours ».

Cela fait 10 ans aujourd’hui qu’elle est dans le métier et depuis ses vingt ans donc, elle part tous les jours de chez elle à 8h pour chercher des clients le long des bungalow et plages de Maroala, jusqu’à la tombée de la nuit. En basse saison, son groupe peut amasser deux à trois clients au total par jour voire même aucun et en haute saison, jusqu’à cinq clients journalier par personne ce qui fait un total de 30 clients par groupe. La concurrence est rude par ici et seuls ceux ou celles qui savent se démarquer auprès des clients peuvent espérer se faire rappeler pour de prochaines séances. Heureusement, depuis sa formation de massage au sein de l’Homéopharma, Eva a pu légaliser son activité de manière officielle grâce à un badge fourni par la commune. Ce badge confirme ses compétences de masseuse, lui prodigue la protection de la commune et lui permet d’accéder aux bungalows et autres établissements privés. Un laissé-passé en or pour la masseuse.

Les personnes comme Eva vivent uniquement de ces services-là et son quotidien n’est pas toujours tout noir ou tout blanc. Ce qu’aime Eva dans ce métier ? Travailler avec ses proches et discuter avec les clients sympas dit-elle. Sa technique infaillible pour se faire repérer ? Sa tchatche… « Vous êtes bien belle madame, vous méritez un petit massage », « Laissez-moi vous masser, c’est encore plus délicieux qu’une langouste au coco ». Et c’est ainsi que les clients tombent sous le charme de sa personnalité. 

Texte et photos : Lorraine Razafimbelo

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Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

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