L'enfant et le tambour de nuit   « Bam » et  « Doom » : le théâtre sur  la scène de la langue maternelle
14 juin 2023 // Arts de la scène // 7758 vues // Nc : 161

L’Enfant et le Tambour de Nuit  amorce ses derniers pas vers la langue malgache. Mise en scène par Fela Razafiarison - comédienne et directrice de la Compagnie Miangaly Théâtre - la pièce de 35 minutes allie texte, rythme, et musique. Texte filé d’imagination, la version malgache sera dévoilée au public d’Antananarivo puis de Madagascar bientôt. Une nouvelle attendue avec roulement de tambour.

L'histoire de « L'Enfant et le Tambour de Nuit » est un de ces contes qui transcendent le public. Elle le plonge au cœur de la nuit pour y révéler son secret : des musiciens cachés dans les étoiles. Jouée par Fela Razafiarison et Tina Rakotondrasoa, la pièce titille l'imagination de son public et l'invite à voir dans les étoiles des musiciens et un joueur de tambour. Ils ne sortent qu'une fois le soleil bien couché et au milieu de la nuit. La pièce destinée au jeune public fait varier la musique et les textes. Les comédiens racontent, en chant et danse, les péripéties nocturnes d'un jeune garçon. La pièce est emplie de bonne humeur et d'un peu de suspense, elle éveille le corps et l'esprit des grands et des petits. De quoi mettre des étoiles dans les yeux.

La pièce  a été écrite par Jean Luc Raharimanana pour Fela Razafiarison. C’est le fruit d’un dispositif Visa pour la Création 2020 et de deux mois de travail au Théâtre Les Bambous à La Réunion. Fela Razafiarison et son coéquipier de scène multi-instrumentiste, Tina Rakotondrasoa, ambitionnent de la jouer dans les écoles primaires et partout à Madagascar. «Nous sommes en train de voir comment approcher les écoles et nous aimerions que les écoles primaires publiques soient ouvertes à cela» confie Fela Razafiarison. Partie du français, l'idée d'offrir une traduction en malgache a commencé à titiller les comédiens.

« C’est Jean Luc Raharimanana, l’auteur lui-même qui va traduire. Forcément, toute la poésie de la pièce sera conservée. Jean Luc manie la langue d’une manière très particulière.» Que ce soit pour les jeunes ou les plus grands, cette étape trace une volonté de contribuer à redonner à l’art et à la culture une place de choix.  Pour la metteuse en scène de L’Enfant et le Tambour de Nuit, l’accès à une pièce de ce genre est vital pour l’épanouissement des enfants et le développement de leur esprit. Fela Razafiarison y couve sa vision : « L’art et la culture font partie de notre identité. C’est par eux que nous pouvons nous épanouir et rayonner en tant que pays, en tant qu’individu, et en tant que communauté. » Comédienne de théâtre depuis 28 ans, elle rappelle la valeur de ces domaines si bien délaissés. « Si dès le plus jeune âge, les enfants n’y ont pas accès, ne nous étonnons pas qu’une fois adultes, ils n’aient pas de repères forts, d’identité bien ancrée. Ils n’ont pas été sensibilisés à ça, ils n’ont presque jamais été amenés à ça.» Pour le mois de l'enfance et de la langue maternelle, elle souhaite toucher le cœur du jeune public par ce texte servi sur un plateau de théâtre. « Je trouve que le cœur de l’histoire arrivera encore plus directement chez beaucoup de gens si c’était aussi en malgache. »

La pièce a connu son premier succès malgache au Cercle Germano-Malagasy le 18 mars 2023 à l’occasion du Rallye Mois Théâtre. Après cette lancée, elle a été jouée une deuxième fois avant de marquer une introduction dans les écoles publiques en mai. Elle sera accueillie en France ce mois-ci dans un festival francophone, puis en tournée à La Réunion en juillet. Pays d’origine, Madagascar aura sa part de tournée, mais au même titre que la langue, la professionnalisation des métiers de l’art, la survie des comédiens, restent un défi. « Cela prend un peu de temps pour Madagascar. Il faut un minimum de cadre autour du métier artistique, nous continuons à construire cela petit à petit. »  La pièce aura également une version anglaise, toujours dans la même lignée de toucher le maximum de personnes et ouvrir les possibles. Fela Razafiarison, aujourd’hui à la tête  de la Compagnie Miangaly Théâtre, se donne le défi de créer des projets encore plus accessibles et ouverts au grand public. L’Enfant et le tambour de nuit se fait le premier écho de ce grand dessein, notamment pour le jeune public.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

Laisser un commentaire
no comment
no comment - FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Lire

8 mai 2026

FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Le CCI Ivato a ouvert ses portes hier pour la 27e édition de la Foire internationale de Madagascar. Le thème choisi — « Madagascar en mouvement : les...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Ferme de la Jungle - Avril 2026 - NC 195

Découvrez la Ferme de la Jungle, dans le no comment ® NC 195 – avril 2026
Nichée à Ambohimanarina, en plein cœur d’Antananarivo, la Ferme de la Jungle de Rajaonarivony Christian offre une escapade nature surprenante : eau, verdure et animaux rares sur près de 5 hectares. Pêche, pique-nique, visites guidées… le site peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir