Ils débarquent au Sakifo Festival de La Réunion début juin, ambassadeurs d'une scène malgache qui n'a plus rien à prouver — ou presque. FayaMash et son Hazavagna Band incarnent cette nouvelle génération d'artistes qui ne demandent plus la permission d'exister à l'international. Ils arrivent, ils jouent, et le monde écoute.


Il y a des noms qui circulent d'abord à voix basse. Puis un peu plus fort. Puis partout. Mashmanjaka, alias FayaMash, est de ceux-là. Originaire de Farafangana et Vohipeno, deux villes du Sud-Est qui ne figurent sur aucune carte du showbiz mondial, l'artiste a pourtant réussi quelque chose que beaucoup de groupes mettent une décennie à construire : une présence réelle. Et tout ça en à peine quelques années. Le groupe est jeune. Mais la feuille de route, elle, est déjà chargée. 2025 aura été l'année du basculement : l'IOMMa à La Réunion d'abord — ce hub professionnel de l'océan Indien où les carrières se nouent dans les couloirs autant que sur scène —, puis Paris, Nivelles, Charleroi. Et en point d'orgue, le Sunska Festival en Europe, aux côtés de Ky-Mani Marley, Tiken Jah Fakoly et Dub Inc. Du lourd, comme on dit. « On savait qu'on était les outsiders. Mais on est venus avec notre vérité », se souvient FayaMash. Ce soir-là, la vérité a suffi.
Sur les scènes nationales, le récit est identique. Du Fianara Reggae Festival — devenu au fil des éditions un rendez-vous incontournable du calendrier malgache — jusqu'au concert à guichets fermés à l'Institut Français de Madagascar en 2024, en passant par le Makua Festival : chaque prestation a confirmé ce que les initiés murmuraient depuis un moment. La scène malgache a changé d'échelle.
Musicalement, FayaMash résiste aux étiquettes avec une désinvolture assumée. Hip-hop, reggae — oui, mais pas que. Soul, funk, salegy : les influences s'entrechoquent sans se neutraliser, comme chez ces producteurs qui savent que le meilleur des fusions naît toujours d'un léger inconfort. « La musique ne doit pas être enfermée. Quand l'inspiration arrive, je la suis », dit-il simplement. Il appelle ça la Hazavagna Muzika — un univers hybride, libre, profondément ancré dans une identité qu'il revendique sans complexe. « Même si j'emprunte des styles venus d'ailleurs, je dois y mettre notre identité malgache », souligne l’artiste. Le Hazavagna Band, à quatre sur scène, fait le reste : une énergie brute, une complicité qui ne s'invente pas.
Ce qui frappe davantage, c'est peut-être l'homme derrière l'artiste. Après la scène, FayaMash redevient spectateur. « Je veux rester proche des gens », confie-t-il — une posture presque anachronique à l'heure des riders interminables et des loges fermées à double tour. Il n'a pas non plus la naïveté de croire que le talent suffit. « Faire de la musique aujourd'hui, ce n'est pas juste chanter. C'est un vrai boulot. À l'international, ils sont exigeants, pointilleux — mais si ton son est prêt à voyager, ils te propulsent », dit-il avec conviction. Le Sakifo, en juin, sera un nouveau test. Ou plutôt une nouvelle confirmation.
Lucas Rahajaniaina