Dama & Ayam : Du vinyle au streaming
7 juin 2025 // Musique // 8342 vues // Nc : 185

L’année dernière, un extrait de « Mbay Any » d’Ayam tournait en boucle sur TikTok et était repris en chœur dans les boîtes de nuit. Cinquante-deux ans plus tôt, les chansons de Dama et Mahaleo résonnaient à l’unisson dans des manifestations publiques. Deux époques, deux scènes, mais le même feu : celui des mots justes et de l’émotion vraie. De bouche à cœur, comme on dirait !

Qu’est-ce qui vous inspire pour écrire une chanson ?
Dama : C’est toujours l’époque dans laquelle on vit. En 1972, un vent de réveil soufflait sur Madagascar. Les jeunes revendiquaient une réforme de l’enseignement ; ils voulaient qu’on leur parle enfin de leur propre pays. Nous, on s’est dit : « Mais c’est vrai, en fait, on ne connaît pas Madagascar ! » Et c’est là qu’on a commencé à chanter en malgache, dans les manifestations. Ce n’était plus seulement une affaire de musique renfermée sur soi-même ; c’était une manière d’exister en tant que jeunes Malgaches.
Ayam : Pour moi, c’est beaucoup plus intérieur. Les chansons naissent de ce que je ressens ou de ce que je perçois autour de moi. Je suis très introvertie, donc les mots s’accumulent en moi, et un jour ils sortent sous forme de chanson. Parfois, c’est même comme si je parlais à la place d’un proche qui n’ose pas s’exprimer. J’écris à la première personne, mais ce n’est pas toujours « moi ». C’est une émotion que j’attrape et que je rejoue : une manière d’exister en tant que personne que j’aurais voulu avoir à mes côtés quand j’étais au plus bas.

Pour quelles politiques, quel engagement ?
Ayam : Je ne parle pas trop des sujets de société, parce que je ne veux pas m’égarer sur tout et n’importe quoi. Quand les réseaux sociaux tournent surtout autour de la politique, moi, je parle d’amour. Je pense qu’il y a environ 15 % de personnes qui ont envie d’entendre autre chose, et c’est elles que je cible. Tout part du cœur : je chante pour chercher une solution ou simplement pour comprendre les problèmes. Certains disent qu’après m’avoir écoutée, on devient plus têtu, mais c’est juste qu’ils reconnaissent ce qui ne marchait plus en eux. Ils se disent « c’est moi », « I am », d’où Ayam.
Dama : L’intime est politique, quelque part. Si Ayam chante pour se motiver ou relever la tête, je pense que c’est en résonance avec une réalité plus rude, la dureté de la vie. Ce sont des chansons engagées, mais pas de manière frontale. Nous, on chantait déjà en 1972 des textes comme « Adin-tsaina », qui parle d’un père abandonné par sa femme. Ce n’était pas une chanson de manif, mais ça parlait des blessures humaines. C’est ce que j’appelle « le beau par l’empathie », une forme de pitié qui touche les gens. Un poète, c’est quelqu’un qui est capable de pitié envers le monde, et qui en fait quelque chose de beau à écouter.

Quelle part l’intimité tient-elle dans vos créations ?
Ayam : Mes textes sont souvent intimes, mais je m’inspire aussi des histoires des autres. Par exemple, « Tomorrow koa day » vient de mon père, un rêveur qui a beaucoup galéré avant de réussir. Il m’a dit : « Si ça ne marche pas aujourd’hui, on peut toujours essayer demain », et la chanson est née. « Mafy fa vitako » est à la fois autobiographique et inspirée d’une personne proche : elle parle de ce moment où, dans une relation, on réalise qu’on peut avancer et sourire même sans l’autre. Pour « Sambatra ny anjely misy anao », c’est un fan qui m’a raconté la douleur d’avoir perdu son grand-père alors qu’il était à l’étranger, sans pouvoir assister aux funérailles. « Stella » est dédiée à une étudiante loin de sa famille, et je chante pour eux, qui l’encouragent malgré les difficultés. Enfin, « Diary » est née d’un échange avec le producteur d’un film du même nom : il m’a expliqué son message et j’ai écrit la chanson à partir de ça. J’aime recevoir ces histoires par message ; c’est important pour moi d’être cette personne dont j’avais besoin, mais pour les autres.

Quel est votre rapport à la gloire ?
Ayam : Oui, on m’a qualifiée de celle qui voulait se faire connaître avec son âme. C’était un vrai choix. J’ai commencé avec le visage caché : je voulais qu’on écoute mes chansons pour ce qu’elles racontaient, pas pour mon apparence. Je ne me suis produite en live que deux ans après avoir commencé à partager ma musique. Je ne réfléchis pas trop en mode business ou marketing (rires). Il y a le live, les goodies comme les T-shirts, le streaming sur Spotify… J’ai aussi eu des opportunités côté influence, où je fais connaître des marques à mes fans en échange d’une mise en avant. Mais je suis très sélective : beaucoup viennent vers moi, mais je refuse quand ça ne correspond pas à mes valeurs, surtout si ça implique des mensonges. Ma communauté est importante ; je ne peux pas faire de pub mensongère. Je fais toujours ça avec le cœur, même si je ne publie rien pendant un mois. Parfois, je transforme une pub en slam pour la relier à mon expérience. Par exemple, pour un rouge à lèvres, j’ai parlé de confiance en soi, de femmes qui n’osent pas en mettre à cause d’un mari toxique. Comme ça, le message passe autant que le produit. Mon mari, expert en communication, m’aide aussi à garder le cap.

Dama : Tu sais, nous non plus, on n’a jamais voulu faire carrière. Heureusement que nos parents nous ont dit que la musique ne ferait pas vivre, alors on a étudié. Et c’est ce qui nous a libérés : on n’était pas soumis au marché ni aux tendances qui vont et viennent rapidement. On chantait ce qu’on ressentait, pas ce qui marchait. Résultat : cinquante-trois ans après, Mahaleo est encore écouté.

La musique aujourd’hui est-elle trop facile et trop accessible ?
Dama : Il y a un problème, oui. Tout est à portée de main : tu appuies sur un bouton et tu as une mélodie. Mais où est l’imagination là-dedans ? Nous, on n’avait pas de guitare électrique, alors on a pris des guitares acoustiques et on s’est concentrés sur le message. Maintenant, la musique est partout, mais elle se consomme ; elle ne touche plus. Il faut revenir au rêve, à l’émotion, à l’empathie.

Ayam : Quand la musique devient business, il y a souvent cette voix qui te pousse à écrire un tube. Moi, je ne joue pas ce jeu. Je peux rester six mois sans écrire si je n’ai pas d’inspiration, sans me forcer à sortir une chanson par peur d’être oubliée. Par exemple, « Mbay Any », écrite par mon mari avec ma partie slam, n’était pas pensée pour être populaire. On parlait juste de ces gens du passé qui reviennent quand tu réussis. Il a pris sa guitare, ça m’a parlé, alors j’ai voulu la chanter. Pour moi, une chanson touche ceux qui la connaissent : pas besoin d’être partout. Je préfère être écoutée par ceux qui veulent vraiment, plutôt que chercher la popularité à tout prix, ce qui peut attirer de mauvaises vibrations. Parfois, je publie une chanson au petit matin, avec peu d’audience, et ça me va : ces quelques personnes écouteront avec le cœur, naturellement.

Comment voyez-vous votre rôle dans la société ?
Dama : On est des témoins. Les chansons comme « Fasan’adala » ou « Lendrema » parlent de la vie de tous les jours. Qui oserait chanter sur la tombe d’un fou ? C’est pourtant ça, être poète : donner une voix à ce qu’on préfère ignorer. La chanson doit réveiller, pas seulement distraire.
Ayam : Après m’avoir écoutée, beaucoup de femmes s’assument davantage. Elles ne cherchent plus la validation des autres pour se sentir belles, fortes ou libres de leurs choix. C’est ce message d’acceptation de soi que je cherche à semer dans la société, car le manque de confiance détruit souvent tout, que ce soit en famille, au travail ou ailleurs. Par exemple, quand j’ai porté un crop-top en live, alors que je n’étais pas parfaite physiquement, j’ai vu plein de femmes oser faire pareil. Aujourd’hui, je veux vraiment contribuer au changement, en aidant les femmes à devenir indépendantes — pas par révolte, mais pour être libres et plus fortes, mariées ou non.

Je prépare une formation « Independent Women » pour guider vers l’indépendance financière et émotionnelle, vivre de sa passion et devenir une femme forte. Avec mon mari, on travaille aussi à soutenir de jeunes talents en les accompagnant, notamment lors de mes prochains lives.

La musique, d’ici deux décennies ?
Dama : Comme Mahaleo, qu’elle continue à grandir comme un arbre : avec des racines profondément ancrées dans notre culture et des feuilles qui captent les sons du monde. C’est ce que nous faisons. Et c’est ce que font, à leur manière, les jeunes artistes aussi.
Ayam : Les jeunes talents que nous allons accompagner sont des gens qui ont une vraie histoire, de vraies douleurs, et qui sont prêts à être plus vulnérables, à partager un vrai message.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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