Notre train-train quotidien
31 janvier 2026 // 1624 vues 

Depuis le début du mois de décembre, les réseaux sociaux et les journaux sont inondés de cette nouvelle : la relance du train urbain dans la capitale. Moi, du haut de mes 70 ans, je fais partie de cette génération qui regarde les annonces d’inauguration avec un mélange de curiosité, de prudence… et de souvenirs qui remontent sans prévenir. L’autre matin, en lisant que le train urbain venait d’être inauguré à Antananarivo, quelque chose s’est serré dans la poitrine. Rien de grave à part la nostalgie qui tape à la porte, sans frapper trop fort.

Dans ma jeunesse, quand j’étais encore lycéen, le train n’était pas une nouveauté. C’était une évidence. Un véritable compagnon de route. La ligne Tananarivo–Antsirabe existait encore, vivante. Presque chaque semaine, je prenais le train. Le week-end arrivé, direction Ambatofotsy, parfois Ambatolampy, et quand on se sentait riches en courage — et en temps — jusqu’à Antsirabe. Mais Ambatofotsy restait notre destination favorite. Il faut dire que c’était un haut lieu des concerts, des sorties familiales, des pique-niques. Bref, ça bougeait.

Nous y allions à trois : mon jeune frère cadet, un cousin germain et moi. L’idée était simple et universelle : voir du monde, écouter de la musique, et, soyons honnêtes, tenter notre chance auprès des filles. Ah, la jeunesse… On n’avait pas toujours de l’argent en poche, parfois pas du tout, mais le rendez-vous était sacré. Le week-end sans Ambatofotsy n’existait pas.

Il nous arrivait souvent de monter sans ticket pour le retour. Fuir les contrôleurs n’était pas une mince affaire. Il fallait de la vigilance, de la rapidité, et une bonne dose d’audace. Ça faisait partie de l’aventure. Aujourd’hui encore, quand on s’en souvenait — car oui, on s’en souvenait en riant — on avait l’impression d’avoir vécu un petit film. Malheureusement, mon frère cadet nous a quittés il y a déjà trente ans. Ces souvenirs-là, nous ne les partagerons plus ensemble. Et ça, ça fait un silence particulier.

Quand la fraude n’était pas possible, il ne restait qu’une solution : marcher. Ambatofotsy–Soanierana, à pied. On suivait les rails, même quand des raccourcis existaient, dans l’espoir qu’un wagon passe et qu’on saute dedans. Une scène de western, dans nos têtes.

Ça n’est jamais arrivé. À l’entrée de Tana seulement, on quittait les rails pour la route bitumée.

Et quand l’argent manquait vraiment, on mangeait des goyaves. Il y en avait partout. Ça remplissait l’estomac et ça donnait l’impression d’être riches autrement.

Je me souviens surtout de l’ambiance dans les wagons. Le bruit du rail, le klaxon de la locomotive traversant les agglomérations, les discussions avec des inconnus, le brouhaha joyeux. Aux arrêts, les marchands de mofomenakely et de saucisses envahissaient les quais. La vie était plus simple. Mais qu’est-ce qu’elle était vivante. Alors oui, voir le train revenir aujourd’hui me fait sourire. Ce n’est plus le même décor, ni la même époque. Mais si ce nouveau train peut, lui aussi, fabriquer des souvenirs, alors il aura déjà rempli sa mission.

J.Ravelona

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Tout feu, tout jeune

Lire le magazine

Tout feu, tout jeune

Le 12 août, on célèbre la Journée mondiale de la jeunesse. À Madagascar, cette journée a de quoi occuper un stade entier — les moins de 25 ans représentent plus de 60% de la population. Autrement dit, les jeunes ne sont pas l'avenir de Madagascar. Ils sont déjà le présent, et ils ont l'air pressés. Dans l'entrepreneuriat, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, à créer, à risquer — souvent sans filet, souvent sans aide, mais toujours avec cette énergie un peu folle qui fait qu'on se demande s'ils dorment vraiment la nuit. En culture, les nouvelles sont encore meilleures. Aina Rasamoelina vient de décrocher le Prix RFI Instrumental Afrique. Miangaly Elia rafle le Prix Paritana 2026. Madagascar rayonne, et ce sont des mains jeunes qui tiennent la torche. Alors oui, on pourrait s'arrêter là, applaudir et rentrer chez soi satisfait. Mais ce serait passer à côté d'une chose essentielle. La fougue, ça brûle fort — et parfois, ça brûle vite. Une flamme sans direction peut éclairer autant qu'elle peut consumer. C'est là que les aînés entrent en scène — pas pour reprendre le gouvernail, mais pour montrer où sont les récifs. Les jeunes ont la force, les vieux ont l'expérience, comme on dit. Ce n'est pas un combat de générations — c'est une question d'équipage. Partagez vos réussites, mais aussi vos échecs. Surtout vos échecs, d'ailleurs — ils enseignent mieux que n'importe quel manuel. À Madagascar, la barque avance. Il faut juste s'assurer que tout le monde rame dans le même sens.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Sookany Trophy

Sookany Trophy, du 17 au 19 juillet à Antsiranana

no comment - Sookany Trophy

Voir