Notre train-train quotidien
31 janvier 2026 // 39 vues 

Depuis le début du mois de décembre, les réseaux sociaux et les journaux sont inondés de cette nouvelle : la relance du train urbain dans la capitale. Moi, du haut de mes 70 ans, je fais partie de cette génération qui regarde les annonces d’inauguration avec un mélange de curiosité, de prudence… et de souvenirs qui remontent sans prévenir. L’autre matin, en lisant que le train urbain venait d’être inauguré à Antananarivo, quelque chose s’est serré dans la poitrine. Rien de grave à part la nostalgie qui tape à la porte, sans frapper trop fort.

Dans ma jeunesse, quand j’étais encore lycéen, le train n’était pas une nouveauté. C’était une évidence. Un véritable compagnon de route. La ligne Tananarivo–Antsirabe existait encore, vivante. Presque chaque semaine, je prenais le train. Le week-end arrivé, direction Ambatofotsy, parfois Ambatolampy, et quand on se sentait riches en courage — et en temps — jusqu’à Antsirabe. Mais Ambatofotsy restait notre destination favorite. Il faut dire que c’était un haut lieu des concerts, des sorties familiales, des pique-niques. Bref, ça bougeait.

Nous y allions à trois : mon jeune frère cadet, un cousin germain et moi. L’idée était simple et universelle : voir du monde, écouter de la musique, et, soyons honnêtes, tenter notre chance auprès des filles. Ah, la jeunesse… On n’avait pas toujours de l’argent en poche, parfois pas du tout, mais le rendez-vous était sacré. Le week-end sans Ambatofotsy n’existait pas.

Il nous arrivait souvent de monter sans ticket pour le retour. Fuir les contrôleurs n’était pas une mince affaire. Il fallait de la vigilance, de la rapidité, et une bonne dose d’audace. Ça faisait partie de l’aventure. Aujourd’hui encore, quand on s’en souvenait — car oui, on s’en souvenait en riant — on avait l’impression d’avoir vécu un petit film. Malheureusement, mon frère cadet nous a quittés il y a déjà trente ans. Ces souvenirs-là, nous ne les partagerons plus ensemble. Et ça, ça fait un silence particulier.

Quand la fraude n’était pas possible, il ne restait qu’une solution : marcher. Ambatofotsy–Soanierana, à pied. On suivait les rails, même quand des raccourcis existaient, dans l’espoir qu’un wagon passe et qu’on saute dedans. Une scène de western, dans nos têtes.

Ça n’est jamais arrivé. À l’entrée de Tana seulement, on quittait les rails pour la route bitumée.

Et quand l’argent manquait vraiment, on mangeait des goyaves. Il y en avait partout. Ça remplissait l’estomac et ça donnait l’impression d’être riches autrement.

Je me souviens surtout de l’ambiance dans les wagons. Le bruit du rail, le klaxon de la locomotive traversant les agglomérations, les discussions avec des inconnus, le brouhaha joyeux. Aux arrêts, les marchands de mofomenakely et de saucisses envahissaient les quais. La vie était plus simple. Mais qu’est-ce qu’elle était vivante. Alors oui, voir le train revenir aujourd’hui me fait sourire. Ce n’est plus le même décor, ni la même époque. Mais si ce nouveau train peut, lui aussi, fabriquer des souvenirs, alors il aura déjà rempli sa mission.

J.Ravelona

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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