Sur la RN3, à quelques kilomètres de la colline royale d'Ambohimanga — site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO — se trouve Ankazomalaza, un lieu où l'histoire et la mémoire orale se confondent. Un arbre en a fait la célébrité, un arbre né, dit-on, d'une simple canne plantée dans le sol. Et c'est justement ce fait que la science peine à confirmer qui rend l'endroit si fascinant.


Une tehina — c'est ainsi qu'on nomme la canne traditionnelle, symbole d'autorité et de dignité dans la culture malgache — plantée dans la terre, et voilà qu'elle pousse. Scientifiquement, une canne portée pendant des années ne germe plus. Ses tissus vivants sont morts depuis longtemps. Pourtant, c'est exactement ce qu'affirme la tradition orale d'Ankazomalaza, dont le nom signifie littéralement « l'arbre fameux » — ankazo pour arbre, malaza pour célèbre. Selon Gaston et Rivo, guides du site, l'histoire remonte à l'époque d'Andrianampoinimerina — ce roi d'Imerina qui régna de 1787 à 1810 et dont l'ambition était d'unifier toute Madagascar sous son autorité. Un émissaire d'Andriamisara, figure importante du royaume Sakalava, serait venu jusqu'ici pour une rencontre décisive. « Andriamisara est arrivé avec son tehina depuis son territoire, tandis qu'Andrianampoinimerina a apporté le sien depuis le Rova. C'est ici qu'ils ont réalisé leur velirano, leur serment », expliquent les deux guides.
Les deux personnages se sont défiés à travers leur pouvoir en enfonçant chacun un bâton dans le sol. Peu de temps après, celui d'Andrianampoinimerina sortait des feuilles, tandis que pour l'émissaire d'Andriamisara, les bourgeons apparaissaient seulement. Ce défi scellait bien plus qu'une rencontre — il soudait un pacte de sang entre Merina et Sakalava. « Voilà pourquoi les Sakalava et les Merina sont des frères de sang », rappelle la tradition. L'expression populaire « Ny an'ialahy vao mitsiry, ny ahy efa vakiravina » — dont l'un commençait à peine à bourgeonner tandis que l'autre avait déjà ses feuilles — est née de cet épisode, devenant une façon imagée de parler d'avance et d'accomplissement.
Ankazomalaza n'est pas seulement un récit gravé dans l'écorce d'un arbre. Le sanctuaire abrite trois Doany — ces lieux sacrés qui peuvent être une source, une pierre ou un espace marqué par un ancêtre vénéré — consacrés à Andrianampoinimerina, Andriamisara et Rakotomaditra, un officier chargé de la protection du souverain. Des fady encadrent les visites — le poulet, le porc, l'ail et le toka gasy y sont interdits, et certains Doany restent fermés le mardi ou le jeudi. Les visiteurs viennent encore chercher bénédictions ou guérison. « Les gens viennent ici avec leurs demandes, car ces arbres représentent une force héritée des ancêtres », racontent Gaston et Rivo. Quant à l'espèce exacte de ces arbres, elle reste inconnue — une énigme naturelle qui ajoute, si besoin était, une couche de mystère supplémentaire à un lieu qui n'en manque décidément pas.
Lucas Rahajaniaina
Photos Andry Randrianarisoa