Ambony ambany : Sens dessus dessous
20 juillet 2025 // Mode & Design // 8793 vues // Nc : 186

Sa chambre à coucher lui fait office d’atelier, et son lit d’établi,. Et c’est de là que sortent les créations – entièrement artisanales – de Ny Antema Tokiniaina Rakotoarivony. Depuis février, ce jeune styliste dévoile des vêtements conçus à partir de tissus d’ameublement – rideaux, nappes ou vieux canapés fatigués…. bref, tout sauf du tissu banal. Et le plus fou, c’est que ça marche.

Ambony Ambany mélange ordre et désordre, et prend vie dans l’esprit de son jeune créateur. Ce sont des vêtements taillés dans des tissus d’ameublement : rideaux, dessus-de-lit, salons démodés. « Le nom vient de cette complémentarité dans le chaos entre deux choses qui ne sont pas censées aller ensemble : l’ameublement et les vêtements. » Ny Antema Tokiniaina Rakotoarivony fait de la couture son mur d’expression. Il revoit chaque détail, relie les dessins, rajoute une symétrie presque instinctive. « Quand je couds, j’apprécie particulièrement les tissus avec une illustration : j’aime relier les dessins et trouver comment je peux en ressortir le meilleur. » À la machine comme à la main, les vestes et ensembles Ambony Ambany interpellent, autant par leur allure brute que par une finition soignée, presque exigeante. Adepte des matières épaisses, ce passionné collectionne lui-même ses tissus, les déniche un à un, parfois au détour d’une friperie ou d’un vieux grenier.

Comme un peintre avec ses couleurs, Ny Antema imagine ses modèles à partir des motifs qu’il découvre. Un long processus qui fait naître un prototype, une silhouette qu’il dupliquera et adaptera à la personne qui la portera. Car pour lui, chaque tenue est pensée comme un Ambony Ambany pour une personne. Il ne propose pas de personnalisation sur commande : il livre ce qu’il ressent, dans l’instant. « Cette marque, c’est ce côté sens dessus dessous, en désordre et contre les règles, en moi. » Il se souvient avec fierté de cette veste deux-en-un, rouge, en modèle unique, qu’il a réussi à composer avec à peine un mètre quarante sur un mètre trente de tissu de chaise. Un pari technique. Une obsession. Acharné, il donne forme à des pièces qui tiennent de l’élégance et du streetwear, entre allure et contre-pied.

C’est en 2021 que Ny Antema fait ses premières armes, auprès de sa mère, couturière de métier. Depuis, Ambony Ambany a pris forme, doucement mais sûrement : six modèles, plus d’une cinquantaine de pièces vendues, à Antananarivo comme à l’étranger. Une marque qu’il explore seul, de la coupe à la broderie du logo – parfois avec un petit coup de main maternel. À 23 ans, le jeune créateur tisse une voix singulière, entre art et mode, entre cohérence et étrangeté, entre qualité et made in Madagascar. « D’autres pièces seront bientôt disponibles. Mais pour l’instant, je montre surtout les vestes, parce que j’aimerais créer cette identité, et dire que j’utilise des tissus d’ameublement… sans le dire. » Pour demain, il rêve de pouvoir personnaliser ses propres tissus, d’ouvrir sa boutique. Et de faire entendre sa voix sur la scène internationale.

Rova Andriantsileferintsoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Pierrot Men : Le regard d'une vie

Lire

6 juillet 2026

Pierrot Men : Le regard d'une vie

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut enco...

Edito
no comment - Tout feu, tout jeune

Lire le magazine

Tout feu, tout jeune

Le 12 août, on célèbre la Journée mondiale de la jeunesse. À Madagascar, cette journée a de quoi occuper un stade entier — les moins de 25 ans représentent plus de 60% de la population. Autrement dit, les jeunes ne sont pas l'avenir de Madagascar. Ils sont déjà le présent, et ils ont l'air pressés. Dans l'entrepreneuriat, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, à créer, à risquer — souvent sans filet, souvent sans aide, mais toujours avec cette énergie un peu folle qui fait qu'on se demande s'ils dorment vraiment la nuit. En culture, les nouvelles sont encore meilleures. Aina Rasamoelina vient de décrocher le Prix RFI Instrumental Afrique. Miangaly Elia rafle le Prix Paritana 2026. Madagascar rayonne, et ce sont des mains jeunes qui tiennent la torche. Alors oui, on pourrait s'arrêter là, applaudir et rentrer chez soi satisfait. Mais ce serait passer à côté d'une chose essentielle. La fougue, ça brûle fort — et parfois, ça brûle vite. Une flamme sans direction peut éclairer autant qu'elle peut consumer. C'est là que les aînés entrent en scène — pas pour reprendre le gouvernail, mais pour montrer où sont les récifs. Les jeunes ont la force, les vieux ont l'expérience, comme on dit. Ce n'est pas un combat de générations — c'est une question d'équipage. Partagez vos réussites, mais aussi vos échecs. Surtout vos échecs, d'ailleurs — ils enseignent mieux que n'importe quel manuel. À Madagascar, la barque avance. Il faut juste s'assurer que tout le monde rame dans le même sens.

No comment Tv

Making of shooting mode – Août 2026 – NC 199

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition Août 2026 - NC 199
Prise de vue : Ambatobe 
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Alexane, Nolan, Mitia, Diary, Karen, Randy, Taniah, Tafita
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Sookany Trophy

Sookany Trophy, du 17 au 19 juillet à Antsiranana

no comment - Sookany Trophy

Voir