Deux ans après ses débuts professionnels, Lila Ratoveloniaina — alias Ikalalila — sort son premier EP, Domoina. Six titres de pop alternative, une voix douce, et un art de « romantiser le quotidien » qui n'appartient qu'à elle.

« Sambany aho nanandrana nanidina irery » — pour la première fois, j'ai essayé de voler seule. C'est le vers du titre Domoina, celui qui donne son nom à cet EP sorti cette année. Un premier battement d'aile, fragile et assumé. Six titres, une voix douce presque suspendue, et du pop alternatif. Les textes sont simples — puisés dans une vie de tous les jours — mais relevés par une poésie que l'arrangement construit patiemment. D'une fleur dans son vase à l'envol de la tourterelle qui donne son nom à l'EP, chaque chanson est une image. « La musique est pensée avec ma petite voix pour emmener le public vers la scène que j'ai imaginée », confie Ikalalila. Un morceau, pour elle, est une invitation — comme un bon livre qu'on ouvre et qui installe aussitôt un décor. « Quand je crée, j'ai déjà une idée de l'instrument et du timbre qui poussera le public à avoir la scène que j'ai en tête », déclare-t-elle. Dans Domoina, elle reprend les codes d'une musique populaire en y glissant, ici et là, un son de valiha, de l'électro, des chœurs.
Le quotidien comme matière première, c'est une habitude ancienne. Ikalalila compte déjà une centaine de morceaux — des écrits qui ont remplacé le journal intime de son adolescence. « De base, j'aime écrire. Mon père avait des CD de musique instrumentale auxquels, petite, je mettais des paroles. », raconte l’artiste. Vers ses 15 ans, elle touche au piano et commence à créer. Autodidacte, elle l'assume sans détour : « Je ne pourrai pas vous parler de notes, et c'est en partie à cause de cela que j'ai hésité à me lancer, par complexe, car je n'ai pas appris la musique. » Cela ne l'a pas empêchée d'attirer l'attention de Silo — qui l'a aidée à sortir de sa coquille — ou des passionnés du Bskmg. Cet EP rassemble des morceaux nés à distance, quand la jeune Lila se retrouvait loin de sa famille et de ses proches. La solitude, l'attente — mais une attente qui espère.
Ses inspirations ? « Du pop international écouté à la radio », rit-elle. Proche, donc. Domoina est disponible sur les plateformes depuis février et reste, pour l'instant, intentionnellement sans clip — pour laisser au public la liberté de se construire ses propres images. Une cohérence avec sa façon de faire de la musique, depuis le début. Sur la suite, Ikalalila est claire : « Je n'ai pas forcément rêvé de faire une grande carrière et des tournées. J'ai besoin de vivre une autre vie qui n'est pas la musique pour pouvoir la raconter. » Une version physique de l'EP est en projet, ainsi qu'un second opus à la sonorité tout à fait différente. Entre le nid et les scènes qu'elle prévoit, Ikalalila déploie seule ses ailes — pour rester libre dans ses choix, dans son envol, et dans sa destination.
Rova Andriantsileferintsoa
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