Plus de 400 000 abonnés sur Facebook, des vidéos qui font le tour des fils d'actualité — et pas une danse, pas un défi viral en vue. Hasina Samoelinanja, alias Angano Mampisaina, a choisi une autre voie : la parole. Directe, ancrée dans la tradition malgache, et volontairement dérangeante.

Il y a une expression qu'il répète souvent, presque comme un mantra : Ny hazo avo lalipaka. Un arbre résiste au vent grâce à la profondeur de ses racines, pas à sa hauteur. Simple, presque évident — et pourtant, dans la bouche de Hasina, cette image devient le socle d'un discours bien plus vaste sur l'identité, la culture et l'état d'esprit d'une jeunesse qu'il estime « coincée entre deux réalités ». Ses contenus mélangent critiques sociales, philosophie populaire et coups de gueule assumés, dans un style cru et spontané que ses abonnés reconnaissent au premier plan. « Beaucoup de jeunes attendent qu'on change leur vie à leur place », lâche-t-il dans l'une de ses vidéos devenues virales. Une phrase sèche, et brutale à l'image du personnage.
Derrière la posture numérique, il y a surtout un amoureux du kabary — cet art oratoire traditionnel malgache où chaque mot porte un poids symbolique, où la forme compte autant que le fond, et où l'éloquence est une discipline à part entière, pas un talent inné. Hasina y a grandi, bien avant Facebook, bien avant les algorithmes.
Pour lui, le kabary n'est pas un folklore poussiéreux réservé aux cérémonies : c'est une forme d'intelligence sociale, une manière de transmettre et de réfléchir collectivement. « Quand on réveille quelqu'un qui dort profondément, il peut se mettre en colère parce qu'il aimait son sommeil », explique-t-il. Ses vidéos fonctionnent exactement sur ce principe — elles dérangent avant de convaincre.
À l'approche du mois de la langue malgache, sa démarche prend une dimension particulière. Son projet le plus personnel : des kabary déclinés en plusieurs langues — malgache, français, anglais, allemand, espagnol. Une fusion rare entre tradition locale et ouverture internationale, qui dit mieux que n'importe quel manifeste ce qu'il défend réellement : une culture capable d'évoluer sans se renier, de voyager sans se perdre. « Les racines restent ici, mais les feuilles doivent aller chercher la lumière ailleurs », résume-t-il avec cette assurance tranquille des gens qui savent exactement où ils vont. Dans un univers numérique saturé de bruit et d'instantané, Hasina Samoelinanja impose quelque chose de plus rare — du recul. Une influence qui ne cherche pas des vues. Elle cherche des prises de conscience.
Lucas Rahajaniaina
Facebook : Angano mampisaina – Hasina Bandy Mandamina
Photos fournies par Hasina Bandy Mandamina