Erica Ramanoara : Cousu de bon sens
14 avril 2026 // Mode & Design // 4095 vues // Nc : 195

Lauréate du concours Mode éthique et durable, Erica Ramanoara impose déjà une signature claire : une mode qui conjugue héritage artisanal, fibres naturelles et engagement. À 25 ans, elle tisse bien plus que des vêtements.

© photo : Totem Agency
© photo : Totem Agency

Un vêtement peut-il porter un message ? Erica Ramanoara en est persuadée, et sa collection primée en est la preuve. Elle a débuté dans le stylisme en 2024 et a trouvé sa voie grâce au projet « Métamorphose », une initiative soutenue par l’Ambassade des États-Unis. Ce projet rassemble plusieurs créateurs malgaches avec un but commun : repenser la mode. « Pendant les activités de sensibilisation, j'ai vraiment réalisé l’importance de cet engagement », raconte-t-elle. Pour elle, la mode éthique n’est plus une simple tendance, mais une véritable conviction.

Sa marque, SAIRY — ce qui signifie « personne confiante » en malgache — reflète parfaitement cette idée. Ses créations sont faites à la main avec soin : tissage précis, crochet, broderie, tressage, chaque pièce est pensée dans le geste. Des matières choisies avec soin — raphia, soie, soga, taretra — qui ancrent chaque silhouette dans un territoire, une mémoire, une identité. « La culture et l'identité malgaches occupent une place centrale dans mon travail », souligne Erica. Loin du folklore décoratif, ses collections dialoguent avec la tradition tout en s'ouvrant à une esthétique résolument contemporaine. Sa victoire au concours Mode éthique et durable vient confirmer la cohérence de cette vision. La collection primée se compose de 60 % de taretra, 30 % de raphia et 10 % de soie récupérée — notamment des restes de rouleaux inutilisés dans des entreprises, retravaillés par des artisans locaux. Une logique d'économie circulaire, presque sans déchets, qui n'a rien à envier aux démarches portées par les maisons européennes les plus engagées.

Mais pour Erica, l'enjeu dépasse l'esthétique. « À travers la création, il est possible d'améliorer l'économie d'autres foyers », confie-t-elle, particulièrement attachée à soutenir les artisanes malgaches. « La mode est à la fois un art et un outil pour transmettre des messages. » Une phrase qui pourrait figurer dans n'importe quelle manifeste de la nouvelle génération de créateurs engagés — de Lagos à Séoul, en passant par Antananarivo. Son ambition prochaine : organiser un défilé réunissant plusieurs créateurs malgaches à l'étranger. Montrer que SAIRY, et la mode de l'île avec elle, peut tenir sa place sur la scène internationale. Un fil tendu entre Madagascar et le monde. Il ne reste qu'à voir jusqu'où il porte.

Lucas Rahajaniaina

Photos Erica Ramanoara

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