Daniela Andriamihaja Raharinavalona : Roi des Tables
3 novembre 2024 // Loisirs & J’ai essayé // 4779 vues // Nc : 178

Le billard, souvent perçu comme un simple jeu de bar, a une histoire riche qui remonte au 15e siècle, lorsqu'il se jouait sur des tables recouvertes de tapis vert, imitant ainsi le gazon des jardins. De là à devenir un sport international, il n’y a eu qu’un coup de queue ! Aujourd'hui, ce jeu d'adresse continue de captiver, et Madagascar n’est pas en reste. Daniela Andriamihaja Raharinavalona, Danny pour les intimes, champion national, fait partie des sept joueurs sélectionnés dans la catégorie Masters pour les championnats du monde de billard Blackball, qui se tiendront du 2 au 10 novembre à Malte. Un coup à suivre, sans faute!

Vos débuts ?
Tout a commencé en 2004, lorsque mon grand frère jouait régulièrement au billard. Je le suivais souvent et j’observais ses parties. Petit à petit, j'ai commencé à jouer avec lui et ses amis. Rapidement, ils ont remarqué que j'avais un certain potentiel. J’ai ensuite commencé à participer à de petits tournois amicaux où je sortais fréquemment vainqueur. C'est là que j'ai véritablement développé un intérêt pour ce sport et commencé à m'entraîner sérieusement.

Le plaisir de jouer et la compétition m'ont poussé à progresser. En 2007, j’ai remporté mon premier grand tournoi, ce qui a marqué un tournant dans ma carrière. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me professionnaliser, bien que, à Madagascar, le billard ne soit pas encore une source de revenu suffisante pour vivre pleinement de cette passion.

Comment se passe l'entraînement en billard ?
En billard, avoir un enseignant est crucial, surtout pour les débutants. C’est essentiel pour bien maîtriser les bases : les postures, les techniques de tir, et même la stratégie. Cependant, dans mon cas, j’ai appris en grande partie tout seul au début. Très vite, j’ai compris que cela ne suffisait pas si je voulais atteindre un haut niveau. J’ai donc commencé à m’informer, notamment en regardant des vidéos sur YouTube, pour approfondir mes connaissances et affiner ma technique. Le billard, c'est un peu comme conduire une voiture : si vous ne pratiquez pas régulièrement, vous risquez de perdre vos acquis. À mes débuts, je m'entraînais neuf à dix heures par jour. C'était une vraie passion qui me prenait tout mon temps, au point que je séchais parfois les cours, et même les réunions de famille. Jamais je n'ai regretté d'avoir investi autant d'énergie dans cette discipline ; c'est cette détermination qui m'a permis d'en arriver où je suis aujourd'hui.

Le billard à Madagascar ?
À Madagascar, le billard est encore principalement perçu comme un loisir. Bien qu'il soit indéniablement un sport, impliquant mouvement et précision, il n’est pas encore pleinement reconnu comme tel sur le plan professionnel. Jouer au billard exige un effort physique : on fait littéralement des kilomètres en tournant autour de la table pendant des heures, et le fait de se pencher, de tenir la queue correctement demande également une certaine endurance. Cependant, le billard ne peut pas encore être considéré comme une discipline sportive professionnelle dans le pays. À une époque, il y avait des discussions pour créer une fédération de billard à Madagascar. C’était une idée qui tenait à cœur à plusieurs joueurs. Mais plusieurs obstacles se sont dressés, notamment le faible nombre de pratiquants. La plupart des salles de billard se trouvent uniquement dans la capitale, tandis que dans les provinces, elles sont quasi inexistantes. En plus de cela, il y avait des désaccords entre certains joueurs, ce qui a généré des tensions. À ce jour, il n'y a toujours pas de fédération officielle de billard à Madagascar.

Pour ma part, malgré cette situation, le billard m’a permis de gagner un revenu considérable. Il y a eu une période où je ne travaillais pas et j’avais une famille à nourrir. Grâce aux tournois que j’ai remportés durant un mois, j’ai pu gagner suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de ma famille.

D'où la création de l'association Voay ?
Il y a deux ans, nous avons pris l'initiative de créer l'association Voay, qui a ouvert la voie à notre participation au championnat du monde de billard en France. J'y ai atteint les quarts de finale et terminé à la cinquième place. Ce championnat du monde de billard se tient tous les deux ans, et cette année, nous allons représenter Madagascar à Malte. L'association Voay a pour objectif d'aligner vingt-deux joueurs pour cet événement mondial, avec sept participants dans la catégorie Masters, cinq dames, cinq challengers, cinq joueurs dans la catégorie U23, ainsi que deux expatriés. Cette compétition se déroulera du 2 au 10 novembre à Malte.

Comment fonctionnent les règles du billard ?
Le billard, c'est un univers riche et diversifié. Lors du championnat, nous jouerons au "blackball", qui utilise la table de billard anglais, plus petite, avec des poches rondes, et des billes jaune et rouge. À côté, il existe d'autres variantes comme le billard américain, qui se joue sur une table plus grande avec des poches plus larges et des billes numérotées. Le snooker, quant à lui, demande une grande précision avec ses 15 billes rouges et ses 6 billes de couleur. Le billard chinois, ou "Chinese Eight-Ball", est encore différent, combinant des éléments des deux variantes précédentes avec des règles propres. Les règles du billard changent tous les deux ans, ce qui nous oblige à nous tenir informés des dernières actualités via internet pour rester compétitifs. L'association Voay joue également un rôle clé dans la structuration de ce sport à Madagascar. Elle est un premier pas vers la création d'une fédération nationale, un objectif qui reste à atteindre.

La suite de l'aventure ?
L'association Voay continue de structurer et d'organiser la scène du billard à Madagascar. Nous avons lancé un championnat national qui réunit des joueurs venus de toutes les provinces. Ce championnat permettra d'établir des classements nationaux officiels et de mieux repérer les talents à travers le pays. C’est également grâce à cette association que nous avons pu participer à des compétitions internationales, et cela ne fait que commencer. Les joueurs devront passer par des sélections rigoureuses, franchir plusieurs étapes et accumuler des points pour se qualifier aux compétitions internationales à venir. Ce processus continuera l'année prochaine, avec de nouvelles opportunités pour les joueurs malgaches de se faire un nom sur la scène mondiale. En parallèle, j'ai souvent reçu des propositions pour donner des cours de billard. C'est une idée qui me plaît, mais je reste encore prudent à ce sujet. Enseigner est une tout autre discipline qui nécessite non seulement des compétences techniques, mais aussi pédagogiques. C’est un projet que je garde en tête, mais qui nécessite encore une réflexion.

Propos recueillis par Cédric Ramandiamanana

Facebook : Daniela Andriamihaja

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