Polyamour… Poli comme l’amour
28 février 2026 // 1813 vues 

On nous a appris très tôt qu’aimer devait être simple. Une personne, un cœur et une trajectoire bien droite. Tout le reste serait déviance, confusion, faiblesse morale. Alors quand une femme ose dire – ou simplement ressentir – qu’elle aime deux personnes en même temps, on sort les grands mots : immoralité, instabilité, indécence. Rien que ça. Et surtout, qu’elle se taise.

Je me souviens encore de l’époque où Bessa chantait Mody atao hoe kilalao. On riait, on jugeait, on traitait l’artiste de fou. Pourtant, derrière ce “n’importe quoi”, il y avait une vérité dérangeante : une femme amoureuse de deux hommes, frères de surcroît. Sacrilège culturel.

Aujourd’hui encore, le thème persiste chez plusieurs chanteuses malgaches, mais avec la même conclusion tragique : le silence, la fuite, parfois l’exil intérieur. Aimer devient un poids. Un fardeau. Drôle de sort pour un sentiment censé être noble.

Soyons honnêtes, une fois pour toutes. Le polyamour n’est pas une importation occidentale décadente, ni une lubie de réseaux sociaux. C’est humain. Qui, sincèrement, n’a jamais ressenti un trouble, une tendresse, un attachement pour quelqu’un d’autre alors qu’il était déjà en couple ? Si lever la main était autorisé, la salle serait pleine. Mais non, on préfère mentir. À soi-même surtout.

Et aimer quelqu’un d’autre ne signifie pas tromper. Tromper, c’est promettre l’exclusivité alors qu’on sait pertinemment qu’on ne pourra pas la tenir. Tromper, c’est jouer un rôle, sourire en façade et étouffer à l’intérieur. Ici, je parle de sentiment. Pas de polygamie, pas d’adultère, pas de draps froissés ni de scandales. Juste ce qui se passe dans la tête et dans le cœur. Apparemment, même cela est déjà trop.

Le vrai problème, c’est la concurrence. Cette question absurde, violente : qui aimes-tu le plus ? Comme si l’amour était une compétition sportive. Comme si on pouvait comparer des êtres humains comme des téléphones portables : celui-ci a une meilleure batterie, l’autre un meilleur appareil photo. J’ai connu une femme – appelons-la A. – sommée de choisir. Elle a choisi au hasard. Littéralement. Résultat ? Regret, culpabilité, silence prolongé. Bravo la morale.

Chaque personne est unique. Ce que l’un m’apporte, l’autre ne le pourra jamais, et inversement. Pourquoi faudrait-il réduire l’amour à une seule case, alors que nous-mêmes sommes des êtres contradictoires, multiples, complexes ?

Curieusement, on accepte qu’une mère aime plusieurs enfants, qu’un paysan cultive plusieurs champs, qu’un homme ait plusieurs passions. Mais une femme, plusieurs amours ? Là, non. Trop dangereux.

Ce que je demande n’est ni l’approbation aveugle, ni l’apologie du chaos sentimental. Juste de la compréhension. Aimer deux personnes ne fait pas de moi une dévergondée, ni une fille de joie. Cela fait de moi une humaine. Et à la Saint-Valentin, fête de l’amour s’il en est, ce serait peut-être le moment d’arrêter de l’enfermer dans une seule définition. Après tout, l’amour n’a jamais aimé les cages.

Ano Nyme

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