Marcher
25 janvier 2025 // 3226 vues 

C’est ce qui reste encore l’action la plus réelle qu’il me semble pouvoir entreprendre.
Sans but précis, si ce n’est l’errance et la communion avec le monde : les passant.es dont la direction a l’air tout indiquée, les mecs et leur attitude de mec, l’immensité où se perdre et se déstructurer.
C’est ce que nous faisions de temps en temps avec maman et qui d’autre le voulait.
Marcher, planter ses pieds dans le sol comme une assurance de faire partie d’un tout, d’un grand mouvement imperceptible mais aux effets étrangement concrets.
Et nos pas nous avaient perdus cette fois-ci au bord d’une rizière, plantée là en pleine zone périphérique. La ville ne devait pas être bien loin derrière les arbres autour, mais ses bruits ne parvenaient pas jusqu’ici.
Nous avions deux enfants avec nous, et comme le jour était en pleine cassure, nous avons resserré les rangs alors qu’une atmosphère empourprée nous drapait de son violet.

Un homme avec un grand sac en tulle venait droit sur nous de l’autre bout du chemin. « C’est de la ferraille ! de la tôle à revendre ! » nous a-t-il dit comme pour s’excuser.
« Est-ce qu’il y a une sortie par là-bas ? Pour retourner en ville. » lui a demandé maman. « Oui, oui, allez-y ! par là-bas, il n’y a aucun souci. » a-t-il répondu.
Nous sommes tombés plus loin sur une muraille aux contours barbelés, et un homme blanc a surgi du portail comme s’il nous avait vus venir. Son air peu commode nous a fait accélérer le pas. Un zébu nous attendait pour sa part à quelques mètres de là, les yeux fixement dirigés vers nous, le regard inquisiteur.
Le paysage était à présent constitué d’herbe clairsemée, quelques moutons paissaient encore dans la fraîcheur et l’écho d’un cor nasillard nous rappelait que la fête nationale était à nos portes.
Une forme vaporeuse et lointaine se détachait depuis des heures dans un espace déterminé du ciel, mais personne n’avait donné d’explications à ses desseins et encore moins à son origine.
Nous n’avions plus que nous pour seul réconfort, c’est pourquoi nous nous sommes tenus par la main. Aliénés par un sentiment d’inquiétude face à l’inconnu, nous avions cette assurance toutefois. Celle de nous avoir nous, au cœur de ce territoire improbable.

Izika

Laisser un commentaire
Lire aussi
no comment
no comment - Mode : Laskart célèbre ses 20 ans

Lire

23 avril 2026

Mode : Laskart célèbre ses 20 ans

Née en 2006, la marque de streetwear Laskart fête cette année ses 20 ans d’existence. Figure bien installée de la scène urbaine malgache, elle marque...

Edito
no comment - Notre janvier à nous

Lire le magazine

Notre janvier à nous

Il y a quelque chose d'assez beau dans l'idée de commencer l'année en mars. Quand le reste du monde a déjà oublié ses résolutions de janvier, nous, nous prenons le temps — celui du calendrier lunaire, celui des ancêtres. Ce n'est pas du retard. C'est une autre façon de mesurer le temps.
Cette année, quelque chose a changé. Ou plutôt : quelque chose est en train de revenir. De plus en plus de Malgaches — jeunes surtout, ce qui n'est pas anodin — se retournent vers leurs racines, cherchent à comprendre ce que signifie réellement l'Alahamadibe, posent des questions que leurs parents n'avaient pas forcément posées. Cette prise de conscience mérite qu'on s'y arrête. On ne peut avancer qu'en sachant d'où l'on vient. C'est vrai pour les individus.
C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

No comment Tv

Making of shooting mode – avril 2026 – NC 195

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition avril 2026 - NC 195
Prise de vue : La Canopée Restaurant
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Tsiresy, Riantsoa, Irinah, Ryan, Tinamamy, Rindra, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir