
Il vient de loin.
D’un temps où les astres murmuraient aux eaux,
Où la mer, encore jeune, rêvait de voyages.
Il naît du frisson du large,
Du soupir des cieux,
Et danse, libre, sur l’échine du monde.
Là où le jour hésite entre l’or et l’azur,
Il se lève, insaisissable,
Glisse entre les vagues, caresse les marées,
Telle une main invisible guidant les âmes perdues.
Les marins l’attendent, le redoutent,
Le prient, le chantent,
Car il est la promesse des départs
Et l’ombre des retours incertains.
Il souffle sur les voiles tendues,
Les pousse vers l’inconnu,
Les emporte loin des rivages sûrs,
Vers ces lignes d’horizon
Où le ciel épouse l’océan
Dans un secret que seuls les dieux connaissent.
Sous la lune, il est un chant.
Une voix ancienne, faite d’échos et d’embruns,
Un soupir d’ancêtres qui veillent,
Un murmure qui enlace les coques fatiguées,
Une mélodie qui danse entre les cordages,
Résonnant dans les cœurs affamés d’horizons.
Dans le creux des îles, il se fait caresse,
Léger comme la mémoire d’un amour oublié.
Il s’attarde sur les manguiers,
Secoue doucement les palétuviers,
Effleure la peau brûlée des rizières
Et dépose, sur les terres endormies,
Le goût salé des océans lointains.
Les pêcheurs le connaissent bien.
Ils le sentent avant qu’il ne vienne,
Dans l’odeur de l’aube, dans la danse des flots,
Ils savent quand il sera doux,
Et quand il viendra rugir comme un fauve affamé.
Les vieilles âmes l’ont entendu,
Les sages l’ont deviné,
Les errants l’ont suivi.
Car il porte en lui le secret des départs,
Et la nostalgie des rivages oubliés.
Il est celui qui veille sur les âmes perdues,
Celui qui murmure aux cœurs fatigués,
Celui qui efface les traces sur le sable
Mais grave les souvenirs dans le vent.
Est-il un souffle d’ancêtres ? Un soupir de dieux ?
Une promesse des cieux ou l’ombre du temps ?
Peu importe.
Il est.
L’appel des horizons.
Le murmure du monde.
L’empreinte invisible du temps qui passe.
Et nous ne sommes que ses passagers.
Hira