La malnutrition et la sous-nutrition frappent encore plusieurs régions de Madagascar, alimentées en grande partie par des chocs climatiques à répétition. Face à cette réalité, chacun mène sa bataille à sa façon. Le Centre International de la Pomme de terre — le CIP — a choisi un axe assez particulier, en vulgarisant deux cultures stratégiques souvent sous-estimées, la patate douce et la pomme de terre.


« La patate douce est encore sous-estimée. Beaucoup la considèrent comme un goûter du milieu de l’après-midi, alors qu'elle va bien au-delà. Elle améliore la nutrition, renforce la sécurité alimentaire et crée des opportunités économiques », dit sans détour Ny Antsa Tafarasoa, Responsable Communication du CIP. Et les chiffres lui donnent raison. Une consommation de seulement 125 grammes de patate douce à chair orange suffit à couvrir les besoins alimentaires journaliers d'un enfant de moins de cinq ans. Ses tubercules sont riches en bêta-carotène, en vitamines B, C et E, mais aussi en fibres et en minéraux comme le zinc, le magnésium et le calcium.

Dans le Grand Sud malgache, où la sécheresse frappe régulièrement les récoltes, cette plante rustique, peu exigeante en fertilisation minérale et résistante à la sécheresse, représente une alternative sérieuse là où d'autres cultures abandonnent le terrain.
Au-delà du champ, le CIP pousse la logique encore plus loin en stimulant la valorisation locale. La PDCO est désormais transformée en purée pour intégrer la fabrication de pains, beignets et pâtisseries — la purée de patate douce à chair orange pouvant remplacer entre 30 et 60% de la farine dans une gamme de produits de boulangerie. Résultat concret pour les artisans locaux, les coûts de production baissent, et les populations bénéficient d'un apport nutritionnel enrichi sans changer leurs habitudes de consommation. La pomme de terre vient compléter ce dispositif sous un autre angle. Grâce à ses hauts rendements et son cycle court, elle diversifie les assiettes tout en consolidant les revenus des ménages agricoles, en créant des excédents rapidement commercialisables. Deux cultures, deux profils, un même objectif.
Présent à Madagascar depuis 2017, le CIP — membre du réseau CGIAR qui regroupe quinze centres de recherche agricole internationaux — structure les filières à travers des partenariats d'envergure avec la Banque mondiale, le programme DEFIS/FIDA et l'Union européenne. Dans le cadre du programme FSRP-CGIAR, le centre collabore étroitement avec le FIFAMANOR, le FOFIFA et le SOC pour sécuriser les semences de pomme de terre, organiser des formations sur la gestion du mildiou, conduire des essais variétaux et appuyer la conception de laboratoires modernes de contrôle qualité. En perspective, un laboratoire de recherche sur une pomme de terre biofortifiée — enrichie en fer — est prévu à Antsirabe. Un chantier qui s'annonce aussi discret qu'essentiel, à l'image de ce tubercule orange dont le CIP s'emploie, saison après saison, à révéler tout le potentiel.
Tatiana Randriamanakajasoa