AME SŒUR (suite)
19 janvier 2025 // Mistery // 5426 vues // Nc : 180

4 - Arrivé à Farafangana, les habitants m’ont vite indiqué où se trouvait sa famille. C’était une famille aisée, bien établie socialement et connue de tous. Une fois arrivé à l’endroit indiqué, je suis resté à distance pour ne pas être repéré. Après un moment d’attente, le portail s’est ouvert, et j’ai vu Hasiniala sortir, accompagnée de ses parents et d’un jeune homme. J’osais espérer que ce dernier n'était qu'un membre de leur famille mais j’avais tort. Ils s’absentèrent un long moment et, à leur retour, Hasiniala et ce jeune homme restèrent dehors, échangeant des regards et des gestes tendres. Un sentiment de malaise monta en moi, mais c’est lorsque je vis le jeune homme prendre délicatement le menton d’Hasiniala et l’embrasser que mon cœur se brisa.

Mon cœur s’est arrêté l’espace d’un instant, vacillant sous le poids d’une émotion incontrôlable. Complètement déboussolé, je n’ai pas eu le courage de m’approcher. Hasiniala, quant à elle, s’est éloignée sans un mot, tandis que l’homme reprenait son chemin de son côté. Je me suis mis à le suivre à distance, perdu dans un labyrinthe de pensées, tentant en vain de donner un sens à ce chaos, tout en me remémorant notre passé. Distrait par mes propres tourments, je l’ai perdue de vue. La nuit s’annonçait déjà. Errant au hasard dans les rues, j’ai fini par m’asseoir sous un abri de fortune, éreinté.
Dans le froid et le silence, l’évidence m’a frappé : j’avais agi sans réfléchir, et il était trop tard pour revenir en arrière. Tout ce qui me restait, c’était l’acceptation. À l’aube, transi et vidé de forces, j’ai pris une décision : retourner à Antananarivo. Une chose me paraissait désormais indiscutable : Hasiniala et moi étions des étoiles filantes destinées à emprunter des trajectoires séparées. Elle avait quelqu’un d’autre dans sa vie.

Alors que je me dirigeais lentement vers la gare routière, une lourdeur inexplicable pesait sur mon cœur. Chaque pas me semblait une bataille. À un moment, une voix a brisé le silence. Je l’aurais reconnue entre mille. C’était elle. Pourtant, j’ai refusé de me retourner. Elle a insisté, appelant plus fort, mais ma fierté blessée me clouait sur place. Finalement, elle m’a rattrapé, agrippé le bras, et m’a enlacé en éclatant en sanglots.

Quand ses pleurs se sont apaisés, elle m’a murmuré :

— Que fais-tu ici ?

Je n’ai pas répondu. Doucement, je l’ai écartée et me suis remis à marcher, sourd à ses appels. Mais elle n’en avait pas fini avec moi. Une chaussure lancée avec une précision désarmante m’a atteint, m’obligeant à m’arrêter. Je me suis retourné, déstabilisé, prêt à affronter ses reproches.

Alors, dans un souffle empli de douleur, elle a tout avoué. Ce mariage, cet homme : elle n’en voulait pas. Sa famille l’y contraignait, arguant qu’il représentait un choix plus raisonnable.

— Mais pourquoi l’as-tu embrassé, alors ? ai-je répliqué, le cœur brisé.

— Il m’a forcée ! Je te l’ai dit ! a-t-elle crié, exaspérée.

Un mélange de tristesse et de colère m’animait encore, mais ses mots m’ont calmé. Apprendre qu’elle subissait autant que moi a fait naître une idée folle dans mon esprit : fuir ensemble. Lorsqu’elle a accepté, sans hésiter, mon cœur s’est réchauffé pour la première fois depuis des jours.

Avec nos maigres économies, nous avons acheté deux tickets pour un avenir incertain. Nous étions jeunes, inconscients des défis qui nous attendaient, mais pleins d’espoir. Alors que le bus nous emportait loin de la ville, le chauffeur, qui semblait connaître les parents d’Hasiniala, nous observait avec insistance, tentant de nous tirer des informations. Nous restions évasifs, le poids de notre fugue pesant sur nos épaules.

Nous avons choisi de nous installer à Manakara, espérant échapper à nos familles. Mais nos ressources ont fondu en deux jours. Nous vivions chichement, partageant nos repas et dormant dans une maison en ruines. Rapidement, nos parents ont lancé des recherches : les siens à Farafangana, les miens ailleurs. Le chauffeur a fini par trahir notre secret, avertissant la famille d’Hasiniala.

Ils nous ont retrouvés. Dès qu’ils m’ont aperçu, ils se sont jetés sur moi, me frappant sans retenue. Hasiniala, paralysée, pleurait en silence. Puis mes propres parents sont arrivés, appelés à la rescousse. Mon père, furieux, m’a toisé avec un mélange de déception et de colère.

— Vous nous devez obéissance ! rugit le père d’Hasiniala. Nous avons tout sacrifié pour vous. Comment osez-vous nous bafouer ainsi ?

Mon père ajouta :

— L’amour ? Vous n’en connaissez rien. Ce n’est qu’une illusion. L’honneur de la famille doit passer avant ces enfantillages.

Ces mots résonnaient comme un glas. Je nous voyais, Hasiniala et moi, prisonniers d’une cage invisible, nos rêves brisés avant même d’avoir pris leur envol.

— Alors je refuse ! ai-je lancé, la voix tremblante mais résolue.

Un silence glacé a suivi. Tous me fixaient, sidérés. Mon père finit par briser l’instant :

— Trop tard.

Abattu, je n’ai pas insisté. Hasiniala, bouleversée, s’est levée et a quitté la pièce en pleurant. Cette fois, je l’ai suivie. Ensemble, sans un mot, nous avons fui à nouveau.

À l’abri de la forêt, loin de tout, elle m’a posé une question étrange, presque irréelle :

— Crois-tu qu’une vie existe au-delà de ce que l’on voit ? Si nous mourions, penses-tu qu’on pourrait encore s’aimer, loin de ces problèmes ?

Ses yeux, noyés de larmes, cherchaient une vérité que je ne connaissais pas. Pourtant, je savais une chose : vivre sans elle m’était impossible

— Oui, ai-je murmuré. Où que nous soyons, nous serons ensemble.

Ces mots, dits avec ferveur, ont scellé notre pacte. Ils ont défini tout ce qui allait suivre.

…à suivre

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Bred Madagasikara Banque Populaire : Un an de présence sur le marché

Lire

21 février 2026

Bred Madagasikara Banque Populaire : Un an de présence sur le marché

Bred Madagasikara Banque Populaire célèbre le premier anniversaire de son implantation à Madagascar, sous le slogan « 1 an à vos côtés ». L’établissem...

Edito
no comment - Prêt à offrir

Lire le magazine

Prêt à offrir

Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

"Taom-baovao" de l'IFM

"Taom-baovao" de l'IFM, le samedi 24 janvier

no comment - "Taom-baovao" de l'IFM

Voir