Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »
28 mai 2026

Ce dimanche 31 mai, à 15 heures, l'amphithéâtre du Centre de Conférence International d'Ivato accueillera un événement inédit dans l'histoire de la musique malgache. Rija Ramanantoanina donnera le premier concert big band jamais organisé à Madagascar sur des œuvres malgaches. Une grande première — et visiblement, un rêve de longue date.

Le big band, c'est l'orchestration la plus ambitieuse du jazz — une vingtaine à une trentaine de musiciens répartis en sections cuivres, bois, cordes et rythmique, jouant chacun à la lettre une partition écrite avec une précision millimétrée. C'est le format qui a fait la gloire de Count Basie, de Duke Ellington, de Quincy Jones — ces architectes du son qui transformaient une salle en cathédrale. Dimanche, ce sera trente-deux musiciens, quatre sections, deux formations — le Bandy Baraka Big Band et le Quatuor & Squad — réunis autour des tubes de Rija Ramanantoanina. « Quincy Jones, Frank Sinatra et autres nous ont fait rêver. Maintenant, on a le nôtre. On a notre big band », répète le chanteur, avec une extase à peine contenue.

L'idée remonte à 2022. Rija rencontre le Bandy Baraka Big Band et Tsanta Randriamihajasoa — ce dernier allait devenir l'artisan invisible de l'exploit. Pendant trois ans, il a réécrit chaque chanson en big band, piste par piste, section par section. Quinze pistes minimum par morceau, chacune composée individuellement. « Même moi qui ai écrit et composé les morceaux, je suis choqué, étonné », confie Rija. Le concert lui-même a été travaillé pendant un an. Trente chansons au programme, dont six en big band — six morceaux en douze mois de préparation, ce qui dit tout sur le niveau d'exigence. « Il n'y a pas de place pour l'improvisation. Chaque musicien lit une note, une lecture à la lettre », promet la star malgache de la scène jazz. Rien n'a changé dans les morceaux eux-mêmes. « Nous les avons juste embellis, mis sur un standard international », confie Rija Ramanantoanina

Les fans de première heure craignaient de ne plus reconnaître Mama, Hay ve ka nisy ou les autres tubes qui ont bercé trois décennies de mélomanes malgaches. Ils peuvent se rassurer — et se préparer à écouter autrement. Rija Ramanantoanina lance un appel inhabituel. « Si vous connaissez les paroles et que l'envie de chanter en chœur vous presse — retenez-vous. Ne chantez pas », dit-il. Ce sera un concert, pas un spectacle. Décor sobre, lumières minimalistes, pas d'écran géant. Juste la musique, ses subtilités, et ces sons qui ont toujours été là mais que l'oreille n'avait jamais su détecter. « Appréciez la musique, essayez de trouver ce que vous n'avez jamais su entendre », invite-t-il. Le concert marquera également la sortie officielle de son album Fy, enregistré et masterisé en Afrique du Sud. Une œuvre de toute une vie — dans tous les sens du terme

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Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

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