Vatobe d’Ambatomanga : Pierre angulaire
7 janvier 2026 // Escales // 889 vues // Nc : 192

À une quarantaine de minutes de la capitale, perché sur une colline et protégé par ses traditions, Ambatomanga est de ces villages qui ne se visitent pas seulement : ils se lisent, se traversent et se ressentent. Entre mémoire royale, savoir-faire ancestraux et écotourisme en devenir, le site s’impose comme une escale discrète mais essentielle aux portes d’Antananarivo.

À une trentaine de kilomètres d’Antananarivo, Ambatomanga se mérite. Il faut d’abord parcourir 17 kilomètres sur la RN2, jusqu’au PK 17, puis bifurquer pour s’engager sur une route secondaire, sinueuse, encore 17 kilomètres durant. Environ quarante minutes de trajet, et déjà le paysage change. Le village apparaît, perché sur une colline, lové dans un écrin de verdure, avec cette impression immédiate d’entrer dans un lieu à part. Ambatomanga se déploie dans une forme singulière, presque en cuillère, protégée par des collines. Les maisons traditionnelles merina — briques de terre, bois, toits sobres — composent un ensemble harmonieux. Ici, l’architecture raconte autant que les pierres. « Même ceux qui partent à la capitale reviennent construire dans le respect des formes anciennes », confie le maire, Radafy Mijoro Andritiana Andriamandalina. Une fidélité qui donne au village son âme.

Mais Ambatomanga est surtout un témoin vivant de l’histoire de l’Imerina. Ancien poste-frontière entre l’Imerina et le pays Bezanozano, le village fut un point de passage stratégique. Rois, missionnaires chrétiens, commerçants, colons et voyageurs y ont défilé. « Le village fut – jadis – l’endroit où les étrangers attendaient l’autorisation royale pour pénétrer le royaume Merina. Cette position lui conféra un rôle de carrefour commercial florissant, traversé par des marchands venus de toutes les régions », raconte Jean, guide touristique. Le palais royal se dressait autrefois à l’emplacement de l’actuelle église catholique, l’une des plus anciennes du pays. En 1824, c’est ici que le premier missionnaire fut accueilli, avec l’autorisation de Radama I.

Dominant le village, le Vatobe impose sa présence. Ce rocher sacré, classé patrimoine national depuis 1978, abrite notamment le tombeau de Ravalotsalama, beau-frère d’Andrianampoinimerina, et de son épouse Rafanjava. Haut lieu spirituel, le site est soumis à des règles strictes : interdiction d’alcool, de porc, d’oignons, ou de comportements jugés irrespectueux. « Ce n’est pas un décor, c’est un lieu de mémoire », rappelle Jean. Ambatomanga reste aussi un bastion des traditions. Les savoirs liés aux ody, ces pratiques ancestrales de protection, sont encore respectés. Longtemps, des hommes choisis pour leur force ou leur connaissance spirituelle assuraient la défense symbolique du village. Une mémoire discrète, mais toujours vivante.

Ce Vatobe s’inscrit dans un circuit touristique qui part de la commune d’Alarobia, traverse plusieurs villages et ateliers artisanaux, longe rivières et collines, et permet de découvrir la vannerie et d’autres métiers traditionnels. Les visiteurs viennent souvent en petits groupes, en famille ou entre amis. Étudiants et élèves affluent également pour découvrir le patrimoine, le marché et le Vatobe. Aujourd’hui, la commune, en partenariat avec l’Office du tourisme, développe une approche éco-touristique. Ici, le visiteur ne se contente pas de regarder : il participe. Repiquage du riz, fabrication de briques et de tuiles en argile, découverte des marchés, des ateliers artisanaux… Le séjour devient immersion. La situation géographique renforce l’attractivité du site. Ambatomanga se trouve à quelques kilomètres seulement du lac de Mantasoa, célèbre pour son barrage hydroélectrique et son cadre naturel prisé des citadins, et d’Ankadimanga, où se situe le Dobon-dRamiangaly, bassin où se baignaient autrefois les femmes du roi Radama I.

Enfin, Ambatomanga revendique une autre singularité : le fromage. Avec Antsirabe, le village est considéré comme l’une des capitales malgaches de cette production, héritée de savoir-faire anciens, aujourd’hui encore bien vivants. Ambatomanga ne promet pas l’exotisme tapageur. Il offre mieux : une plongée calme, profonde, dans l’histoire, les traditions et le quotidien d’un Imerina qui continue d’avancer sans se renier.

Lucas Rahajaniaina

Contacte de M Jean Guide touristique 0342300317
Photo Andriaparany Ranaivozanany

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Festival international de théâtre d’improvisation de Madagascar : Mois d’improvisation

Lire

27 février 2026

Festival international de théâtre d’improvisation de Madagascar : Mois d’improvisation

Le mois du théâtre se célèbre, cette année, par une improvisation. La Ligue d'improvisation théâtrale Gasy (LIG) et la Compagnie Miangaly Théâtre lanc...

Edito
no comment - Prêt à offrir

Lire le magazine

Prêt à offrir

Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

"Taom-baovao" de l'IFM

"Taom-baovao" de l'IFM, le samedi 24 janvier

no comment - "Taom-baovao" de l'IFM

Voir