À une quarantaine de minutes de la capitale, perché sur une colline et protégé par ses traditions, Ambatomanga est de ces villages qui ne se visitent pas seulement : ils se lisent, se traversent et se ressentent. Entre mémoire royale, savoir-faire ancestraux et écotourisme en devenir, le site s’impose comme une escale discrète mais essentielle aux portes d’Antananarivo.


À une trentaine de kilomètres d’Antananarivo, Ambatomanga se mérite. Il faut d’abord parcourir 17 kilomètres sur la RN2, jusqu’au PK 17, puis bifurquer pour s’engager sur une route secondaire, sinueuse, encore 17 kilomètres durant. Environ quarante minutes de trajet, et déjà le paysage change. Le village apparaît, perché sur une colline, lové dans un écrin de verdure, avec cette impression immédiate d’entrer dans un lieu à part. Ambatomanga se déploie dans une forme singulière, presque en cuillère, protégée par des collines. Les maisons traditionnelles merina — briques de terre, bois, toits sobres — composent un ensemble harmonieux. Ici, l’architecture raconte autant que les pierres. « Même ceux qui partent à la capitale reviennent construire dans le respect des formes anciennes », confie le maire, Radafy Mijoro Andritiana Andriamandalina. Une fidélité qui donne au village son âme.
Mais Ambatomanga est surtout un témoin vivant de l’histoire de l’Imerina. Ancien poste-frontière entre l’Imerina et le pays Bezanozano, le village fut un point de passage stratégique. Rois, missionnaires chrétiens, commerçants, colons et voyageurs y ont défilé. « Le village fut – jadis – l’endroit où les étrangers attendaient l’autorisation royale pour pénétrer le royaume Merina. Cette position lui conféra un rôle de carrefour commercial florissant, traversé par des marchands venus de toutes les régions », raconte Jean, guide touristique. Le palais royal se dressait autrefois à l’emplacement de l’actuelle église catholique, l’une des plus anciennes du pays. En 1824, c’est ici que le premier missionnaire fut accueilli, avec l’autorisation de Radama I.
Dominant le village, le Vatobe impose sa présence. Ce rocher sacré, classé patrimoine national depuis 1978, abrite notamment le tombeau de Ravalotsalama, beau-frère d’Andrianampoinimerina, et de son épouse Rafanjava. Haut lieu spirituel, le site est soumis à des règles strictes : interdiction d’alcool, de porc, d’oignons, ou de comportements jugés irrespectueux. « Ce n’est pas un décor, c’est un lieu de mémoire », rappelle Jean. Ambatomanga reste aussi un bastion des traditions. Les savoirs liés aux ody, ces pratiques ancestrales de protection, sont encore respectés. Longtemps, des hommes choisis pour leur force ou leur connaissance spirituelle assuraient la défense symbolique du village. Une mémoire discrète, mais toujours vivante.
Ce Vatobe s’inscrit dans un circuit touristique qui part de la commune d’Alarobia, traverse plusieurs villages et ateliers artisanaux, longe rivières et collines, et permet de découvrir la vannerie et d’autres métiers traditionnels. Les visiteurs viennent souvent en petits groupes, en famille ou entre amis. Étudiants et élèves affluent également pour découvrir le patrimoine, le marché et le Vatobe. Aujourd’hui, la commune, en partenariat avec l’Office du tourisme, développe une approche éco-touristique. Ici, le visiteur ne se contente pas de regarder : il participe. Repiquage du riz, fabrication de briques et de tuiles en argile, découverte des marchés, des ateliers artisanaux… Le séjour devient immersion. La situation géographique renforce l’attractivité du site. Ambatomanga se trouve à quelques kilomètres seulement du lac de Mantasoa, célèbre pour son barrage hydroélectrique et son cadre naturel prisé des citadins, et d’Ankadimanga, où se situe le Dobon-dRamiangaly, bassin où se baignaient autrefois les femmes du roi Radama I.
Enfin, Ambatomanga revendique une autre singularité : le fromage. Avec Antsirabe, le village est considéré comme l’une des capitales malgaches de cette production, héritée de savoir-faire anciens, aujourd’hui encore bien vivants. Ambatomanga ne promet pas l’exotisme tapageur. Il offre mieux : une plongée calme, profonde, dans l’histoire, les traditions et le quotidien d’un Imerina qui continue d’avancer sans se renier.
Lucas Rahajaniaina
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Photo Andriaparany Ranaivozanany
