Il fut un temps où la météo avait son propre personnage principal. À la télévision malgache, Ra-Vince était bien plus qu’un homme chargé d’annoncer le temps qu’il ferait demain. Adultes et enfants connaissaient son visage, sa voix, ses petites habitudes. Même les chansons de Ny Nanahary ont gardé sa trace. Une star du petit écran, en somme, mais avec un drôle de métier.

Au tournant des années 1990, il suffisait que Ra-Vince apparaisse sur la TVM pour que les regards se tournent vers le petit écran. Son émission météo était devenue un rendez-vous familial, presque un rituel. Son ton clair et sa pédagogie y étaient pour beaucoup. Il avait cette manière de parler des nuages, des dépressions ou des précipitations sans donner l’impression d’assister à un cours de physique. Dans un pays où la télévision comptait encore ses visages familiers sur les doigts d’une main, il s’était fait une place à part. Les chanteurs de Ny Nanahary allaient même jusqu’à le citer dans leurs chansons. Voilà qui dépasse largement le bulletin météo. Ra-Vince était entré dans la culture populaire, comme ces figures que l’on reconnaît avant même de se rappeler exactement pourquoi on les connaît.
Et pourtant, derrière cette célébrité bon enfant se trouvait un véritable scientifique. Né en 1953 et originaire d’Imerintsiatosika, Vincent De Paul Randriamampianina étudie les mathématiques à l’Université d’Antananarivo avant de réussir, en 1979, le concours national d’ingénieur météorologue.
Direction Toulouse, grâce à une bourse, pour intégrer l’École nationale de la météorologie. Rien à voir avec ces présentateurs qui découvrent parfois la météo avec leur fiche du jour. Ra-Vince connaissait son sujet, et plutôt bien. De retour au pays, il travaille pour les services météorologiques nationaux et participe notamment à des expériences de pluie provoquée. Sur le terrain, le métier n’avait rien d’une promenade de santé. Un vol au-dessus de l’Androy, pris dans de violentes turbulences, se termine par un atterrissage d’urgence. Un autre, entre Ambatondrazaka et Brickaville, connaît des ennuis avec le train d’atterrissage. Même le ciel lui réservait quelques coups de théâtre.
La télévision lui offre ensuite une autre façon de faire son métier. Vers 1990, alors que la TVM modernise ses bulletins, Jean Claude Randrianaivo lui confie la présentation de la météo. Le pari fonctionne au-delà des espérances. Ra-Vince ne se contente pas de lire le temps, il le raconte, le rend compréhensible et, surtout, familier. C’est peut-être là que réside le petit miracle de cette histoire. Un ingénieur devient une vedette sans renoncer à son métier, et la science entre dans les salons par la grande porte, celle du divertissement. Lorsqu’il quitte l’écran autour de l’an 2000, Ra-Vince ne disparaît pas vraiment. Il continue d’enseigner et de transmettre, notamment à l’Université d’Antananarivo et à l’École supérieure polytechnique de Vontovorona. La star du petit écran range donc son costume de présentateur, mais garde celui du professeur. Comme quoi, après avoir fait la pluie et le beau temps à la télévision, il fallait bien retourner aux fondamentaux.
Avotriniaina Fetra