Malala : « Ma surdité ne m’empêche pas d’être cheffe d’entreprise »
8 février 2023 // Success Story // 2168 vues // Nc : 156 - 157

Créer sa propre entreprise, c’est un rêve que beaucoup de jeunes, et surtout, de jeunes malgaches veulent réaliser. Et ce défi est encore plus difficile lorsqu’on est une personne en situation de handicap. Pourtant, à 25 ans, Malala, sourde de naissance, a su braver les obstacles. Aujourd’hui, elle a créé son salon de coiffure et esthétique, Ni-Haingo Beauté.

« Depuis mes 7 ans, j’ai toujours aimé le milieu de l’esthétique, de la coiffure… Avec ma mère, je n’ai jamais raté cette émission de coiffure qui passait à la télé, tous les mercredis aprèsmidi » nous confie Malala. «Malheureusement, ma mère est décédé quand j’avais 12 ans. Et c’est à cette époque que je me suis rendu compte de ma différence.» Avec un père souvent en déplacement pour le travail, Malala a été élevée en grande partie par ses grands-parents. En jouant avec les autres enfants, elle se sent exclue à cause d’un problème de communication. « Je suis restée introvertie, je restais dans mon coin. Même avec certains de mes proches, ils font des messes basses. Je ressens de la moquerie. » Malgré tout, la jeune femme est soutenue par son père et sa sœur qui ont appris la langue des signes pour faciliter leur communication. A l’âge de 6 mois, Malala ne réagissait pas quand on l’appelait. Ses parents l’ont donc emmené chez un médecin à Antsirabe qui les a redirigés à Akama (Akanin’ny Marenina ou Centre pour les sourd), ici à Tana. Mais pour ses parents, cela a été dur d’accepter l’handicap de leur fille. Ils sont allés vers d’autres médecins, notamment un professeur à l’Homi qui a pourtant confirmé la surdité de Malala. Après différentes consultations, les parents ont dû se résigner. En revenant à Akama, un médecin a précisé que Malala a une surdité profonde d’une oreille et moins de l’autre. C’est dans ce centre qu’elle passe la majeure partie de sa scolarité jusqu’à l’obtention de son diplôme en coiffure et esthétique.

« J’ai fait un stage d’une année dans un salon, Charmelles Beauté avant d’y travaillé pendant trois ans. Au niveau professionnel, j’ai eu très peur de me mettre en contact avec les autres. Mais quandj’ai parlé avec la responsable, elle n’a pas hésité à me recevoir malgré mes problèmes de communication. D’ailleurs, j’étais très surprise de l’accueil de l’équipe qui a fait beaucoup d’efforts en bien articulant puisque j’arrive à lire sur les lèvres. Au final, tout s’est bien passé. » Malheureusement, à cause de la pandémie, Malala a dû arrêter toute activité professionnelle. Ce qui lui a permis de réfléchir de plus en plus à créer sa propre entreprise. Dès qu’elle a pu reprendre ses activités, elle enchaîne les formations en onglerie, en maquillage, en community management, en coiffure pour homme et femme… Mais la peur de ne pas réussir refait surface. « Je me suis dit que toutes les formations que j’ai suivies ne suffisaient pas en plus d’avoir un grand manque de confiance. Heureusement, mon père m’a soutenue et m’a poussée à sauté le pas. En novembre 2022, j’ai ouvert mon salon, ici à Andavamamba. » Désormais, cheffe d’entreprise, Malala a d’autres responsabilités qu’elle est prête à surmonter et prévoit d’agrandir les services qu’elle propose au sein de son salon notamment les massages, les packs événementiels… « Parfois, j’ai des clientes qui sont étonnées de voir que je peux faire plein de choses malgré ma surdité. Je pense qu’il ne faut pas avoir honte de ce qui on est et qu’on peut y arriver malgré nos différences. Aujourd’hui, je me sens plus libre. »

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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