Pendant que les grandes puissances ferment les robinets de l'aide internationale, une ONG française choisit le moment pour s'implanter davantage. Elle a officialisé l’ouverture de son antenne à Antananarivo en mars dernier. Paradoxe ou stratégie, Tiffany Burban, coordinatrice de La Guilde à Madagascar, explique le pari.

Les chiffres donnent le vertige. En 2025, l'aide publique au développement mondiale a chuté de 23 % — la plus forte contraction jamais enregistrée selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, OCDE. La France, quant à elle, a amputé son budget APD (aide publique au développement) de 40 % en deux ans. Les États-Unis ont restructuré l'USAID. La Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) Madagascar a définitivement mis fin à ses activités dans la Grande-île l’année dernière. Partout, les ONG taillent dans leurs effectifs, ferment des bureaux, abandonnent des terrains. C'est dans ce contexte-là que La Guilde a ouvert son bureau à Antananarivo.

L'organisation — quarante ans d'expertise internationale, une cinquantaine de volontaires déployés d’Antsiranana à Toliara — ne découvre pas Madagascar. Elle y est présente depuis 2016. Mais l'installation physique dans la capitale, fin 2025, marque un tournant assumé. « Être plus proche du terrain, des volontaires et des associations », dit simplement Tiffany Burban. La phrase est courte, mais dit l'essentiel. Ce qui distingue La Guilde dans ce paysage en recomposition, c'est son modèle. Elle n'est pas un bailleur classique qui transfère de l'argent et attend un rapport. Elle forme, accompagne, outille. Son Portail Solidaire centralise les appels à projets — une bouée pour les petites structures malgaches souvent noyées dans les procédures administratives. Ses subventions, entre 3 000 et 12 500 euros, sont modestes par design : elles visent des projets capables de s'autofinancer après deux ou trois ans. « Nous ne finançons pas de simples frais de fonctionnement, mais des leviers de changement », insiste l'ONG. Un potager qui nourrit une cantine scolaire, une formation en boulangerie qui débouche sur des embauches et d’autres encore. « On reste dans le concret, mesurable, durable », surenchérit la coordinatrice.
Dans un monde où l'aide internationale devient une variable d'ajustement budgétaire, ce modèle ressemble moins à de la philanthropie qu'à une réponse systémique. Construire des associations locales capables de tenir sans perfusion extérieure — c'est exactement ce dont Madagascar a besoin. Tiffany Burban martèle que La Guilde ne sauve pas le monde, mais s’attèlle à former ceux qui, peut-être, le feront.
Tatiana Randriamanakajasoa
Contact la guilde : 038 11 720 17