Un bon morceau ne tombe pas du ciel. Quincy Jones le savait, Daft Punk aussi — et Kiady On Da Track l'a compris très tôt. « Derrière chaque son qui paraît évident, il y a des heures de travail invisible, une exigence technique », dit-il avec grande conviction.

Depuis 2016, ce beatmaker et ingénieur du son malgache construit son univers selon une logique qu’il qualifie de simple. « Avant de créer, il faut comprendre. Avant de composer, explorer », martèle-t-il, avant de continuer : « Le feeling est important, mais sans recherche et sans technique, il ne suffit pas. »
Son terrain d'expérimentation, c'est la musique malgache elle-même — le salegy, le basesa, le baôejy — mais pas pour les reproduire à l'identique. Pour les démonter, en extraire la substance et les projeter dans un univers plus électronique, plus urbain. Une démarche presque scientifique, où le patrimoine devient matière première plutôt que carcan. Le morceau Mamay de Niu Raza en est l'illustration la plus aboutie — fusion audacieuse entre électro et salegy, construite sur deux ans de tâtonnements, d'ajustements, de versions abandonnées. « Je voulais créer quelque chose qu'on n'avait pas encore entendu ici », confie-t-il, soulignant que derrière cette composition, il y a eu une vraie logique de laboratoire sonore.
Chez ce beatmaker, la technique n'est pas une contrainte, mais un langage. Elle structure les idées, organise les fréquences et traduit une intention artistique en résultat audible. Sans elle, le feeling reste une belle promesse sans forme. « Avec elle, l'imaginaire devient concret », dit-il en ricanant. Dans un paysage musical où la rapidité est souvent confondue avec l'efficacité, Kiady On Da Track incarne le parti inverse : ralentir pour mieux construire.
Lucas Rahajaniaina
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