En mars dernier, un ténor malgache de 24 ans a décroché le 2e prix Jeune Espoir aux « Grandes Voix d'Opéra Afrique » à Paris. Safidy Randriamananjara n'est pas un accident de parcours. C'est l'aboutissement d'une vocation construite note après note, depuis les bancs d'une église d'Antananarivo.


Safidy Randriamananjara a 24 ans. En mars 2026, lors de la 5e édition du concours international « Les Grandes Voix d'Opéra Afrique », il a imposé une présence qui n’a pas laisser indifférent le jury d'experts. Même la concurrence venue de tout le continent africain a retenu son nom. Résultat : 2e prix Jeune Espoir. Madagascar résonne désormais dans les couloirs du chant lyrique international. Pour l’histoire, tout commence dans une église. « C'est au rythme des concerts classiques, aux côtés de ma mère, que mon oreille s'est éveillée au chant lyrique », confie-t-il. Ce que d'autres enfants vivent comme une corvée dominicale devient pour lui une révélation. La curiosité s'installe, grandit, se structure. La chorale Akon'ny Finoana lui donne ses premières fondations collectives. L'Anglican Music Institute, ensuite, lui offre le cadre académique qui transforme la passion en métier.
Car c'est bien de métier qu'il s'agit. On imagine volontiers l'opéra comme un don du ciel, tombé sur quelques élus. La réalité est plus proche de l'athlétisme que du miracle. Le quotidien de Safidy ressemble à celui d'un sportif de haut niveau : échauffements musculaires spécifiques, vocalises rituelles avec son coach, étude approfondie des partitions. Verdi, Puccini, Bizet — des architectures vocales qui ne pardonnent rien, et qui exigent une rigueur académique sans faille. Mais il refuse de laisser cette exigence devenir une barrière. « L'opéra ne connaît pas de frontières. C'est un sport de haut niveau pour la voix, mais c'est surtout une passerelle entre les cultures », fait-il comprendre. Cette conviction — que l'opéra n'est pas un art lointain réservé à une élite — irrigue toute sa démarche. L'amour, la trahison, la gloire, le sacrifice : ce que Verdi racontait au XIXe siècle dans les grandes maisons de Milan, Safidy le fait résonner depuis Antananarivo. Et Paris a entendu. Ce 2e prix marque un tournant. Pas une arrivée mais plutôt un départ. Les conservatoires européens, les grandes maisons d'opéra : les portes s'entrouvrent. Et derrière lui, une génération de jeunes chanteurs malgaches qui, peut-être, se redresse un peu plus sur sa chaise.
Tatiana Randriamanakajasoa