Une bonne musique, chez Faly Raberahona, ça se ressent avant de se comprendre. Pas de déchiffrage, pas d'analyse des couches harmoniques, pas de décryptage des intentions du compositeur. « Dès que la mélodie est bonne, je vibre. Je n'écoute pas la technique, je vis le feeling », lance-t-il sobrement.

Pour un homme dont le métier consiste à peser chaque mot d'un acte juridique, c'est presque une déclaration d'indépendance. A noter que, derrière l'huissier de justice et commissaire-priseur se cache un mélomane insatiable, pilier discret de la scène rock et métal malgache — ce qui, convenons-en, ne figure dans aucun manuel de procédure civile. C'est le rock qui l'a porté pendant les années de droit, littéralement. « À l'université, c'était ma botte secrète. Le rock m'offrait la concentration nécessaire pour réviser », se souvient-il. Aujourd'hui, entre les dossiers de saisie et les ventes aux enchères, il troque volontiers le marteau pour une dose de métal extrême. Thérapie, dit-il.
Son instrument à lui, c'est l'écoute — totale, immédiate, physique. Sa curiosité n'a pas de frontières de style : d'un riff saturé au groove du soukous, d'un tsapiky endiablé aux classiques du kaiamba. Un titre de Jérôme Randria comme Alina Paris ? « C'est un billet gratuit pour Paris. Je vois les images, je vis la scène, je voyage instantanément », balance-t-il, avec un grand sourire.
L'instantané, toujours. Jamais la partition. Et cette passion se vit à deux — lui et sa femme, binôme inséparable des scènes locales, quatre concerts par mois minimum. Leur résidence à Andohanimandroseza a accueilli des légendes comme Kiaka ou Green. Caricaturiste sous la signature Fally, il dessine avec le même instinct qu'il écoute : depuis le ventre, sans calcul.
Tatiana Randriamanakajasoa