Tu es la grâce
25 août 2024 // 3486 vues 

C’est en toi
Que l’amour a commencé
Dans un monde
Promesse seulement
Dans le cœur de Dieu

Le vent m’a appris ton nom

Tissage
Des lettres de sibylle nées avant
La première parole

La vue ignore encore le regard
Et déjà
Ton visage
Irrigue les yeux
D’un lait de soleil
Plus Gamme que le feu

L’univers préfère
La chaleur de tes pupilles
À la main calleuse de son étendue

C’est sous ta jupe
Que le miel
A appris le goût de la douceur

Et l’amer a désappris l’amertume
Sur les lignes de tes lèvres
Courbées pour un baiser
Voué à couronner de tendresse
Un océan trop jeune
Celui de mon front

C’est de toi
Que l’or tient son précieux
Que l’ombre tire sa fraîcheur
Que la mer chante ses vagues
Que les leurs s’habillent de sang

Elie Ramanankavana
Extrait du recueil « Mille naissances
pour quelques morts » aux éditions Edern
– 76 pages – 2024

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Edito
no comment - Conte de fake

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Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Anthema, Deraina, Mitia, Christelle, Faniah, Narindra, Santien, Mampionona
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