ARRA : Quand la céramique matérialise des mouvements
29 janvier 2024 // Mode & Design // 12276 vues // Nc : 168

« J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant », disait Picasso. Comme quoi il en faut du travail pour garder la spontanéité d’une œuvre après les prouesses techniques nécessaires. C’est aussi le cas pour la céramique : après avoir travaillé pour Hermès et le groupe LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton, Ando Ramanantsoa est retournée à Madagascar pour y développer l’artisanat et les savoir-faire. ARRA fait partie de ses projets, un studio qui produit et commercialise des céramiques uniques.

Contrairement à l’artisanat de fonction où tout est standardisé et reproduit, une collection ARRA se distingue par la singularité de chaque pièce. On pourrait méprendre ces irrégularités pour des erreurs, sauf qu’elles sont délibérées. « Toutes nos pièces sont réalisés à la main. Le mouvement est donc au cœur de notre art. Aucune pièce ne se ressemble et c’est notre intention primaire. Chacune est façonnée selon le mouvement que la main veut bien lui donner, il en résulte des pièces uniques et magnifiques. » La matière capture ces mouvements et les fige grâce aux plis sur le bord d’une vase, la courbe au creux d’un récipient, les mini-ondulations à la surface d’une assiette. Pour autant, il n’y a pas de place à l’à peu près. « La modernité réside dans les détails, les finitions et l’histoire de chaque pièce, que ce soit la matière utilisée ou la manière dont elle est appliquée à l’objet. Les pièces en céramique sont façonnées à la main, avec de la terre de Madagascar, à Antananarivo. Nous effectuons un gros travail de recherche en amont pour trouver la meilleure façon de le faire. C’est un long processus qui nécessite de la patience et un certain savoir-faire. Si on brûle les étapes, il faut tout recommencer. »

Ces surfaces incarnent donc des mouvements, la vocation du projet lui-même d’abord. « ARRA est né de la volonté de mettre en lumière un artisanat moderne et malgache qui se nourrit et s’enrichit de ce qui l’entoure, techniquement et esthétiquement. Cela donne naissance à des pièces hybrides à l’esthétique singulière et minimaliste, empreinte de modernité. » Les pièces conservent ce charme fait-maison propre au « vita gasy ». Ensuite, on y retrouve le parcours de la fondatrice elle-même, croisement du cœur malgache avec l’âme suisse. Ando Ramanantsoa est née à Madagascar mais elle a grandi en Suisse. « ARRA est la fusion de ces deux cultures. Pour notre première collection d’art de la table en céramique, cette fusion s’est traduite par les teintes dans les tons gris pastel et les finitions brutes des rochers helvétiques. Le tout façonné avec de la terre de Madagascar, tantôt blanche, tantôt rose brique. » Et bien sûr, les acquéreurs y trouveront aussi leurs penchants personnels. « Nos pièces à l’histoire et à l’esthétique particulières s’adressent à des personnes qui doivent y être sensibles. Acquérir des pièces ARRA, c’est vouloir posséder une partie de cette belle aventure. »

Justement, ARRA entretient une relation privilégiée avec son public, à travers des ateliers d’initiation à la poterie. « Les journées ARRA sont une extension du studio afin de faire découvrir notre univers au public. Ces ateliers sont destinés aux enfants et leurs parents à un prix abordable pour resserrer les liens autour d’une activité ludique. L’idée est de développer et d’éveiller la créativité de chacun. » Actuellement, le projet sort hors de son moule : une collection de céramique avec l’atelier de broderie D’Iles En Iles, un atelier à venir pour les adultes, et d’autres surprises à découvrir sur sa page Instagram.

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina

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