Les mélomanes, et surtout les amateurs de jazz, de blues de rock, connaissent bien Anjara Rakotozafiarison. Ce guitariste accompli s'est forgé une réputation solide sur les scènes malgaches, au fil de collaborations et de projets qui ont dessiné un profil atypique. Ce que beaucoup ignorent, c'est que tout a commencé par une blague.

« Si je porte ce nom, je dois travailler énormément. » La phrase dit tout. En 2019, Anjara poste sur Facebook une publication pensée comme une provocation — il s'autoproclame MGDM, Meilleur Guitariste de Madagascar, et pousse l'ironie jusqu'à demander au couple présidentiel de lui acheter une guitare au nom de la culture. Certains rient, d'autres prennent le titre au pied de la lettre. Anjara, lui, a senti quelque chose basculer — la blague est devenue une obligation. Le pseudonyme a imposé son propre niveau, et l'autodidacte s'est mis à la hauteur du personnage qu'il avait créé. La provocation s'est muée en discipline.
L'histoire commence pourtant bien avant ça, dans la discrétion d'une chambre familiale. Vers 12 ans, une guitare traîne à la maison. Un grand frère mélomane, quelques DVD de grands artistes — le scénario semble presque trop ordinaire. Anjara observe, absorbe, apprend seul, sans professeur. Il entre dans la musique par le blues, glisse vers le jazz, et laisse les deux s'imprégner dans son jeu comme deux couleurs qui se mélangent sans jamais tout à fait fusionner. Le déclic professionnel arrive en juin 2016 au Jazz Tohatohabato. Il ne jouait pas encore officiellement. « Je suivais mon frère, je regardais seulement ce qu'il faisait. » Puis vient La Grande Île Guitares Talents — demi-finale, finale, victoire. À la clé, une Stratocaster signature Jimi Hendrix, toujours dans l'arsenal. Edgar Ravahatra l'installe ensuite dans le circuit, les projets avec ATM et Bolo s'enchaînent, les collaborations avec Reko, Shyn et d'autres viennent compléter le tableau.
Musicalement, Anjara résiste à toute case. Chez les rockeurs, trop jazz. Chez les jazzmen, trop rock. Il revendique cet entre-deux, nourri de rock, de métal, de jazz et de sonorités malgaches — une palette de riffs et de voicings qui brouille les pistes et construit une signature propre. Le ba-gasy, en revanche, reste un terrain qui ne lui parle pas naturellement. Derrière l'assurance du personnage, il y a des nuits de fatigue, des concerts joués sur les réserves, et un premier salaire de musicien englouti dans une pédale de distorsion. Blague à part.
Lucas Rahajaniaina
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E-mail : arakotozafiarison@gmail.com
Photos : Andry Randrianarisoa