Né d’un manque criant de visibilité pour les régions, Angisy se veut aujourd’hui comme un média en ligne qui parie sur le terrain, l’humain et une certaine idée du récit. Loin de la capitale, mais au plus près du réel.

Le nom intrigue, presque comme une fable scientifique qu’on aurait laissée traîner dans un carnet de reporter : Angisy (pieuvre). Un cerveau central, huit relais, trois cœurs — de quoi faire pâlir plus d’une rédaction sous perfusion. « On a été fascinés par cette intelligence distribuée, cette capacité à sentir partout à la fois », glisse Maholy Andrianaivo, sourire en coin. L’analogie n’est pas gratuite, puisque le projet refuse l’angle unique, la vision monoculaire. Et, accessoirement, elle évite le banal “Actu 24/7”, ce qui n’est déjà pas si mal. L’histoire commence presque par accident — ou par agacement. En 2018, lors d’une mission dans le Sud, Maholy observe une réalité – initiatives locales, trajectoires modestes, énergies discrètes – qu’aucun fil d’agence ne capte. « On voyait des choses fortes, mais personne ne les racontait. On a créé Angisy un peu sur un coup de tête, pour remettre de l’humain dans l’actualité », raconte-t-elle.
À l’origine, trois regards qui ne parlaient pas tout à fait la même langue — et c’est précisément ce qui les rendait compatibles. La plume de Maholy, l’œil de iAko Randrianarivelo, le sens du mouvement d’Harinjiva Razafimpamonjy. Texte, image, vidéo : un triptyque presque classique, mais ici pensé comme un organisme. Jusqu’en 2020, le trio documente des vies ordinaires aux accents d’épopée. Puis vient la parenthèse sanitaire du covid-19. La relance, en octobre 2025, ne se fait pas à Tana mais à Antsirabe. « Je voulais revenir dans le Vakinankaratra, m’éloigner du bruit. On peut faire du journalisme ailleurs, et bien », tranche Maholy. Dans son sillage, une génération plus fraîche formée, mobile, parfois insolente au bon sens du terme. Une rédaction compacte, où chacun a sa spécialité et où le mot “multimédia” n’est pas un slogan mais une pratique : reportages vidéo, podcasts en préparation, formats écrits qui prennent le temps.
Au fond, Angisy ne prétend pas déplacer le centre de gravité médiatique, mais le contourne. « Si les régions sont invisibles, c’est aussi parce qu’on ne leur donne pas la parole », insiste Maholy. Alors le média creuse, patiemment, comme on retourne une terre qu’on disait stérile. L’ambition ? Devenir une référence régionale, sans perdre le fil — humain, information, impact. Trois mots, dit-elle. Trois cœurs, pourrait-on ajouter.
Tatiana Randriamanakajasoa