Anniversaire idéal
19 mai 2024 // Gaysy // 2569 vues // Nc : 172

À l’occasion de mon dix-neuvième anniversaire, je m’efforce de gagner un peu de liberté vis-à-vis de ma famille. Ils sont tous obnubilés par l’idée d’une fête « parfaite », mais cela m’importe peu. Pour moi, le temps a le pouvoir de nous faire vieillir, et c’est quelque chose que je déteste. Depuis mes 15 ans, je ne compte plus les années.  En revanche, je ne dirais jamais non à une soirée simple sans trop de chichis. Malheureusement, malgré les efforts de ma famille pour m’organiser une fête, je crains que cela ne corresponde à mes attentes.

À 18h30, mes cousins et cousines débarquent pour rejoindre ma soirée. Si seulement je pouvais inviter Mampy et Joro, mes vrais amis, mais leur présence ne passerait pas inaperçue, surtout celle de Joro, avec son attitude efféminée. Cela risquerait de faire fuir les homophobes, et je n’aime pas ça. Rien que d’y penser, j’imagine déjà une soirée incroyable où nous danserions sans retenue, avec Joro en tête, éblouissant la scène avec son mini-short en jean, ses cuissardes, sa perruque blonde et son maquillage impeccable mettant en valeur ses pommettes. Il massacrerait « Born this way » de Lady Gaga en lipsync, et tout le monde l’acclamerait comme la « reine de la soirée » (même à mon propre anniversaire). Si ma grand-mère était encore parmi nous, je n’ose imaginer sa réaction.

Une fête d’anniversaire parfaite serait également accompagnée d’un bon piña colada et d’un bon mojito, sans oublier les pizzas et les garçons. Je suis sûr que j’inviterais un ou deux des gars qui me courent après sur Facebook, histoire d’avoir de la compagnie et de flatter aussi mes amis. Et le meilleur pour la fin ? Tolotra et moi échangerions des regards complices, il me ferait des compliments et, à cause de la musique assourdissante, il glisserait des mots doux et coquins à mon oreille. Ses mots me procureraient des frissons, et nous trouverions ensuite un coin tranquille pour être plus intimes, où il oserait effleurer mon visage. Pour couronner le tout, alors que les invités chantent « Joyeux anniversaire » autour de mon gâteau, Tolotra s’approcherait et m’embrasserait fougueusement, faisant son coming-out devant tous. Je lui sauterais alors au cou, et nous finirions la soirée dans ma chambre, à l’abri de toute interruption. 

Mais revenons à la réalité, où mes fantasmes continuent de s’épanouir, mais reste pour le moment hors de portée. Actuellement, c’est ma mère qui prépare les pizzas pendant que mon père presse des jus d’orange, vantant les mérites des fruits bio. Tante Liza, quant à elle, tente de jouer la cool en faisant des mojitos sans alcool. Mampy et Joro ne seront pas là, car d’après eux, ils ne sauront pas comment jouer aux hétérosexuels virils. Inviter quelques prétendants de Facebook n’est pas possible, car en réalité, il n’y en a pas. Quant à Tolotra, il reste le petit ami de ma sœur, et je vais me retrouver seul et sobre pour ce soir. Quelle ambiance ! Je me sers un verre de jus d’orange préparé par mon père, je trinque à mes fantasmes, et à la beauté singulière d’être différent dans un monde parfois trop ordinaire. Cheers !

par MC

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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