Absoute
6 avril 2025 // Gaysy // 3592 vues // Nc : 183

Je reste sur le dernier banc, près du bénitier, pendant que le prêtre prononce tes éloges funèbres ; tout comme je suis resté en retrait tout au long de tes funérailles. Non, je n’ai pas besoin de faire la queue comme ces gens qui passent près de ton cercueil une dernière fois. D’aussi loin, près de la porte de la paroisse, je suis plus près de toi qu’ils ne l’ont jamais été. M’introduire dans la cérémonie a été simple, c’est facile de se fondre parmi tes amis et ta famille élargie, monsieur populaire ; de toute façon, l’univers m’a fait don d’invisibilité.

Et pourtant, aucun d’eux ne t’a jamais vraiment connu, autrement, ils n’auraient pas habillé ton corps avec cet ensemble noir que tu détestais, le costume de la chorale à laquelle tu appartenais. Je me souviens, tu es venu chez moi le jour où tu l’as récupéré chez la couturière, c’est en l’enlevant que je t’ai vu nu pour la première fois.

Si cette foule te connaissait un minimum, ils n’auraient pas choisi ce prêtre pour célébrer ta dernière messe, tu sortais souvent au milieu de ses sermons qui puaient l’homophobie ; et, quand ta femme et tes deux filles demandaient pourquoi, tu leur répondais juste que tu ne supportais pas la chaleur. Et même ces chansons pendant la veillée funèbre, mon Dieu, tu aurais détesté, tu as toujours préféré nos weekends silencieux en pleine nature, tu racontais au monde que tu partais en mission. D’ailleurs, quand ils ont rangé tes affaires, ils ont été surpris de voir toutes ces bouteilles d’alcool. Tu avais besoin de te saouler avant de pouvoir faire l’amour à ta femme sans regretter de compromettre ce que tu es réellement pour te fondre dans la masse.

Tout, absolument tout dans tes funérailles montre à quel point ton entourage t’était étranger, tu aurais détesté cette mascarade, ton âme est sûrement en train de crier, que tu reposes en paix. S’ils te connaissaient un minimum, ils sauraient pourquoi, un après-midi pluvieux de dimanche, pendant qu’ils étaient partis à la troisième messe, tu as décidé de te foutre une balle dans la tête, sous ces cheveux que j’aimais caresser. J’ai photographié la mare de sang que tu as laissé sur le tapis du salon.

M

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Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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