L'enfance malgache est encore vulnérable. Les enfants courent des risques multiples — travail précoce, errance, violences, et depuis quelques mois, une vague inquiétante d'enlèvements et de kidnappings qui sème la psychose dans les foyers. C'est précisément pour faire face à ces menaces que la Plateforme de la Société Civile pour l'Enfance — la PFSCE — existe depuis vingt ans. Œuvrer pour l'enfance, c’est un marathon en terrain miné.

Ces dernières semaines, des nouvelles macabres ont circulé sur les réseaux et dans les médias — des enfants disparus, des cas de kidnapping qui se multiplient, des familles brisées. Ce contexte anxiogène donne à la PFSCE un pain sur la planche considérable. Implantée depuis 2005 et officialisée en 2008, cette structure n'est pas une ONG de plus. C'est une plateforme — c'est-à-dire un regroupement stratégique de 66 membres actifs, associations, ONG, collectifs et mouvements citoyens, qui unissent leurs forces pour agir ensemble, partager des informations et porter des voix communes auprès des gouvernements et des organisations internationales. Parmi ces membres figurent des poids lourds comme SOS Villages d'Enfants, Un Enfant par la Main ou ASMAE. Le siège est basé à Antananarivo, mais le réseau s'étend désormais en régions — Antsiranana, Fianarantsoa et Mananjary accueillent de nouvelles antennes soutenues par l'Union Européenne. « Pour devenir membre, pas de formule magique, mais de la vraie rigueur — examen du dossier, rapport d'activité en règle, grand oral devant l'Assemblée Générale, vote et une année d'évaluation. On ne rigole pas avec la protection des enfants », explique Toky, coordinateur de la PFSCE.
Face à la vague de kidnappings, la plateforme n'a pas sorti un communiqué de compassion tiède — elle a enclenché la vitesse supérieure. Sensibilisation massive au signalement rapide, réunions de crise avec le Ministère de la Population, renforcement des acteurs du Réseau de Protection de l'Enfance, tables rondes pour exiger un financement public sérieux des dispositifs de sécurité. « Quand un enfant disparaît, chaque minute compte. Nous avons solidifié la synergie avec le Réseau de Protection de l'Enfance pour accélérer les signalements. Mais alerter ne suffit plus — il faut que l'État assume ses responsabilités régaliennes », assène Toky. Le combat à long terme tient en quatre lettres — la PNPE, Politique Nationale de Protection de l'Enfance. La PFSCE mène un plaidoyer acharné pour son adoption effective. « Ce n'est pas un nième document pour meubler les étagères d'un ministère. C'est le seul bouclier systémique capable de traiter les causes profondes de la violence contre les enfants », rappelle le coordinateur.
Les résultats sur le terrain sont déjà concrets. Plus de 900 enfants accompagnés chaque année lors des grands rassemblements d'implication et d'écoute. Plus de 750 actes de naissance distribués — arrachant des centaines d'enfants à l'invisibilité juridique, cette forme silencieuse d'exclusion qui commence dès la naissance. Des groupes thématiques ciblés travaillent sur la prise en charge des enfants en situation de rue et la lutte contre le travail précoce. Des centres d'accueil renforcés, des acteurs locaux formés. La route vers un environnement sûr pour tous les enfants malgaches reste longue — mais avec 66 membres qui refusent de compter les points, les lignes bougent. La protection de l'enfance n'est pas une option. C'est une urgence nationale.
Tatiana Randriamanakajasoa