Natiora Defenders : Raconter pour résister
4 novembre 2025 // Nature // 3083 vues // Nc : 190

On parle souvent de ceux qui détruisent la nature, et moins de ceux qui la défendent. L’organisation Natiora Defenders, créée en 2024, a choisi de changer cette narration. Plutôt que de brandir des pancartes ou de rédiger des rapports vite oubliés, ces jeunes militants racontent. Ils racontent les visages, les voix, les blessures et les victoires de ceux qui, sur le terrain, se battent pour préserver les richesses naturelles du pays. Leur arme ? Le storytelling.

©photo : Natiora Defenders

Tout a commencé par une série de rencontres sur le terrain. « Nous avons compris que ces défenseurs de la nature, souvent issus des vondron’olona ifotony (communautés locales de base), faisaient un travail colossal, mais restaient invisibles », raconte Tsanta Fanilo Rabemiarana, coordonnateur du projet. De cette prise de conscience est née Natiora Defenders, une ONG qui documente leurs histoires et les diffuse sur les réseaux sociaux, sous forme de vidéos, de récits, de portraits. Une manière de redonner souffle et dignité à ces « héros de la nature ».

Leur premier projet, Ocean Defenders, en collaboration avec WWF, Mihari et Natural Justice, a mis en lumière dix gardiens des mers venus d’Anakao, Morombe, Fenoarivo Atsinanana, Maintirano, Mahajanga et Nosy Faly. Des pêcheurs, des plongeurs, des nettoyeuses de plage. L’une d’elles a vu sa maison détruite après avoir osé prêcher la propreté sur le rivage. « Son courage nous a bouleversés. Nous estimons que raconter son histoire, c’est lui redonner la place et la considération qu’elle mérite », confie Tsanta Fanilo. Pour Natiora Defenders, ces récits – filmés et partagés – ne sont pas de simples « tantara » (histoires), mais constituent de vrais boucliers pour ces héros. Les membres de l’ONG affirment que défendre la nature n’est pas toujours un tour de manège ni de simples balades en forêt. « C’est aussi risquer de s’y brûler les ailes », signale le coordinateur du projet. Beaucoup de défenseurs locaux subissent des pressions, parfois même des menaces, venant tous azimuts.

Mais Natiora Defenders ne s’arrête pas aux récits. Avec ses partenaires, l’équipe forme ces champions locaux aux procédures juridiques et milite pour leur donner une voix lors des grands forums environnementaux. « Nous préparons la deuxième cohorte, Forest Defenders, pour faire émerger les protecteurs des forêts », annonce Tsanta Fanilo avec une fierté tranquille. À Andasibe, un certain Solo, villageois d’Ampangalatsary, incarne cet engagement. Protecteur infatigable de l’Indri Indri, le plus grand lémurien de l’île, il a inspiré le projet Endrigna Ecovillage, sous l’aile de l’organisation. « L’Indri aurait sauvé la vie de son grand-père », raconte Tania Rahajaharivony, chargée de communication du projet. « Ici, chaque arbre replanté, chaque enfant scolarisé, chaque repas partagé devient une forme de résistance », rajoute-t-elle. Cette initiative allie reforestation, agroécologie et éducation. « Dans une vision où l’écologie n’est pas un luxe, mais un mode de vie », souligne la chargée de communication.

À Andasibe, l’équipe prépare même un bootcamp de sensibilisation pour étudiants et entreprises curieuses d’observer la biodiversité autrement. L’objectif ultime de chaque action est le changement collectif de comportement. « Il faut protéger avant qu’elle ne s’éteigne à petit feu. Les grands bouleversements commencent souvent par une histoire bien racontée », lance Tsanta Fanilo.

Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : Natiora Defenders
Contact : fanilo.coordoprojet@natioradefenders.org

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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